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Un peuple sinistré, une politique criminelle, des responsabilités plurielles

jeudi 18 juillet 2002

Extraits du rapport de la FIDH : Situation dans la province de SALTA.

Au mois de mars 2002 la FIDH a envoyé une mission d’enquête en Argentine. Dans la situation grave de crise à laquelle est confrontée ce pays, le rapport de la FIDH met en exergue la responsabilité du gouvernement dans la déliquescence générale de l’économie du pays ... la libéralisation de l’économie et l’abandon de l’idée d’un Etat régulateur ayant provoqué une montée des inégalités et une dépendance vis à vis de la finance internationale.

Auteurs du Rapport :

Yasmine Shamsie, spécialiste canadienne en économie politique et développement
Claude Katz, secrétaire-Général de la FIDH
Luis Guillermo Pérez Casas, membre du Groupe d’avocats “José Alvear Restrepo” de Colombie,
secrétaire général adjoint la FIDH
Pierre Salama, économiste français, professeur agrégé des universités

Mission conjointe de la FIDH et de l’Organisation Droits et Démocratie.

Pour consulter gratuitement - et dans son intégralité - ce rapport, cliquez sur le lien suivant :

http://www.fidh.org/ameriq/rapport/2002/ar338f.pdf

Le soulèvement de Tartagal et Mosconi

A Salta , la lutte sociale s’est d’abord développée au sein de la résistance ouvrière opposée à la privatisation d’YPF et à la fermeture de la distillerie. En effet, c’est au cours d’une assemblée populaire à Mosconi en septembre 1991, à laquelle ont participé plus de quatre mille personnes, que la décision de barrer les routes est adoptée. En 1994 , une pueblada a explosé à General Güemes, barrant la route 34.
Ce soulèvement est le résultat d’un taux de chômage qui dépassait les 50% , conséquence de la fermeture du Chemin de fer Belgrano, de la fermeture de ses ateliers et de la Cimenterie Minetti et de la raffinerie San Isidro. Le mouvement a été réprimé violemment et la révolte populaire s’est accentuée dans des proportions plus dramatiques que la répression, tant est si bien que les autorités ont eté contraintes de négocier.

En 1997, la mobilisation à Tartagal et à General Mosconi a débuté en janvier afin d’exiger la libération des dirigeants de l’Union de travailleurs au chômage, la pression populaire a contraint à la libération des prisonniers. En mai, les travailleurs réunis en Assemblée populaire ont voté un plan de lutte qui incluait les barrages routiers ; ces derniers se sont étendus à tout le département de San Martín, plus de 100 " piqueteros " contrôlaient tous les accès.
Le programme voté par l’Assemblée populaire, réclamait, parmi trente-six points de revendications pluri-sectorielles, une allocation pour les chômeurs, un fonds de réparation historique qui devait payer les entreprises pétrolières et gazières de la région et l’approvisionnement en nourriture.

Le 14 mai, l’Assemblée populaire a levé le barrage routier après que le gouvernement se soit engagé à accorder 1000 fonds de chômage pour une année, 2.200 postes dans le cadre " du Plan de Travail " également pour une année, 1.000 postes de plus pour six mois et 800 vacances de postes au sein des entreprises pétrolières privées. Le gouvernement s’est par ailleurs également engagé à ne prendre aucune mesure de représailles envers les travailleurs.
Après la violation des accords conclus lors de barrages routiers successifs, en mai 2000, une nouvelle "pueblada" a éclaté au Nord de la province de Salta, comprenant les villes de Mosconi, Tartagal, Aragauy et Pocitos. Devant le refus du gouvernement de prendre en compte les revendications de la population, la Gendarmerie a violemment réprimé les "piqueteros" dans la nuit du 13 mai, blessant quarante personnes et arrêtant plusieurs dizaines d’entre elles. Elle a voulu administrer une leçon à la population en utilisant la
"violence institutionnelle", mais celle-ci a réagi encore plus violemment et a de nouveau barré les routes.

Le gouvernement a alors pris en considération les demandes qu’il rejetait auparavant, s’engageant à octroyer 3000 "plan de travail".
Face à la violation de ce dernier accord, en novembre la population s’est à nouveau mobilisée barrant la route 34 pendant plus de dix jours.

La répression dans la province de Salta

A Salta également en 1997, les barrages routiers sont devenus l’expression la plus régulière de la réclamation de la population marginalisée, et sont aussi réprimés avec violence. En 2000, le conflit social a gagné en intensité. Dans la nuit du 13 mai comme nous l’avons souligné, la Gendarmerie Nationale a violemment réprimé les manifestants, blessant quarante personnes et en arrêtant plusieurs dizaines.
Comme une fois de plus les accords n’ont pas été respectés, les " piqueteros " ont bloqué la route pendant plus de dix jours. Le 10 novembre 2000, la répression a coûté la vie à Aníbal Verón, tué d’un coup de feu. Selon de nombreux témoins, c’est la police qui aurait tiré. Le gouvernement s’est une nouvelle fois engagé à octroyer 400 "plans pour l’emploi" et à réaliser des travaux publics.

En juin 2001, la Province s’est de nouveau embrasée. La route 34 a été barrée, le respect des "plans pour l’emploi" a été exigé ainsi qu’une augmentation de la participation dans les rentes pétrolières76 et la construction d’un aqueduc depuis Rioseco. Le barrage de la route a duré 19 jours. Le 17 juin, la Gendarmerie a réprimé la manifestation, causant deux morts, carlos Santillán de 27 ans et José Oscar Barrios de 17 ans, et 12 blessés. 27 personnes ont été arrêtées et de nombreux ordres d’arrestation contre les leaders politiques
de la protestation ont été lancés.
La Gendarmerie a affirmé qu’elle avait agi sur ordre du Juge Fédéral de Salta, Abel Cornejo. Le Ministère de l’Intérieur et celui de la Sécurité ont confirmé cette déclaration. Cependant le Juge lui-même a déclaré qu’il s’était limité à envoyer une petite patrouille de gendarmes pour intimider les manifestants et qu’ils ne bloquent un dépôt de combustibles situé à côté de la route77.

Le secrétaire de la Sécurité Intérieure, Enrique Mathov, qui par la suite sera inculpé pour les faits de décembre 2001, a justifié la répression et l’utilisation d’armes à feu de la part de la Gendarmerie en les présentant comme une réaction à une " embuscade " d’un groupe de "piqueteros" qui se seraient cachés dans la montagne attenante à la route, déclarant qu’il s’agissait de " franc-tireurs "78.
La Gendarmerie a été encouragée à continuer de persécuter, violant les domiciles sans mandat de justice, attaquant même, avec des gaz et boules de gomme, un groupe de femmes qui prennaient part à une procession religieuse avec la Vierge de Fátima. Le 20 juin 2001 la population s’est réunie à la Place Mosconi pour protester. La gendarmerie a bloqué la population pendant quelques heures, mais ceci a motivé les habitants qui ne participaient pas aux manifestations à sortir aussi dans les rues et la Gendarmerie a dû de nouveau se replier.
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