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Herr Roucoucou : machiavélisme ascensionnel, polygamie internationale et fraude à l’imprimerie

lundi 16 septembre 2002, par José Larrea

rucouÉcrire sur un tel personnage est un régal dans la mesure où on ne sait pas par où commencer. Tant le sujet est vif en couleurs pragmatiques, tant il suinte les clichés bananiers polarisant la série noire, que finalement et sans effort, se dresse devant nous un portrait frisant le macabre. Cet avocat finit ses études en 1967...

Deux années plus tard il devient Secrétaire du Syndicat des Assurances et en 1975, Ministre du Travail d’Isabel Martínez. Après une courte traversée du désert (les militaires le mettent au placard juste après qu’il signe le décret leur donnant carte blanche) il sera, consécutivement, député, ambassadeur, ministre de l’Intérieur, vice-président de la Nation, Gouverneur de la Province de Buenos Aires, Président du Sénat et, aujourd’hui, il s’est glissé dans le fauteuil du Ministre des Affaires Etrangères.

Cet homme à l’hyperesthésie jugulaire est un partisan de la brutalité, voire la méthode de la "main dure", au point de conseiller à la police de tirer sans sommation : "l’heure est venue pour que les assassins et les délinquants commencent à avoir peur" et de nommer Ministre de la Sécurité de la Province de Buenos Aires à Aldo Rico, une sorte de Rambo maquillé comme les commandos à l’heure des attaques nocturnes et comptant à son actif deux rébellions.

Rico ne manque pas de culot ou ringardise, comme le démontre ce discours aux accents bibliques inspiré de l’Ecclésiaste qu’il prononça dans la cérémonie de son investiture, et où il affirmait vouloir créer "une milice d’hommes heureux", l’objet métaphorique du tout puissant pointant vers Ruckauf. "Celui qui n’est pas heureux ne lutte, ne s’efforce, ne combat guère".

Et allégrement donc, Ruckauf sut s’entourer de joyeux... charognards. Preuve de ce que nous affirmons, le choix du Commissaire Ramón Orestes Verón pour le poste de Superintendant de la Coordination Générale de la Police de la Province de Buenos Aires et le bilan d’octobre 2001 : 60 adolescents qui s’étaient plaint de menaces et tortures furent assassinés. Non en vain, Verón se vantait d’être "l’agent qui comptait plus de morts dans l’histoire de la police provinciale".

On comprend mal pourquoi son deuxième cheval de bataille électoral fut la diabolisation de l’avortement. Surtout si l’on analyse les mesures qu’il prit concernant la jeunesse, à savoir le "séquestre philanthropique" tiré des idées de T. J. Basnardo, tristement cannibalisées pour l’élaboration de la Loi des Mineurs ou Loi Agote, et dont le Juge Irma Lima nous éclaire sur les conséquences, partant tardivement, "fatiguée d’éteindre des incendies".

La Police de la Province aura son heure de gloire avec l’Affaire Cabezas, un journaliste assassiné en 1997. Notons au passage que 3 membres de cette police furent condamnés pour ce crime.

Herr Roucoucou a aussi sa part de responsabilité dans la chute du Gouvernement de la Rúa, chute n’ayant pas échappée à la clairvoyance des hommes du Führer, qui l’avaient annoncée une dizaine de mois auparavant. L’appareil de Ruckauf infestait les murs de la Province avec des graffitis appelant au soulèvement populaire et durant les évènements de décembre des agents en civil dirigeaient les mouvements des foules, tandis que la police acquiesçait.

Quelques jours avant l’assassinat de Darío Santillán et Maximiliano Kosteki, Ruckauf, face à une cinquantaine de hauts officiers de l’Armée de l’Air, affirmait "être fier" d’avoir souscrit le décret 261 qui, en 1975, autorisait les Forces Armées à réprimer (1). Se voulant rassurant face à ses interlocuteurs visiblement pétrifiés il a affirmé qu’il "n’hésiterait pas une seconde" à signer un décret similaire si l’occasion se présentait à nouveau.

Pour ses premières définitions de la politique extérieure qu’il comptait mener, Ruckauf se veut charnel et déclare :"je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas être polygame, au moins en politique extérieure et économique".

Aurait-il une relation entre cette envolée lyrique et le fait qu’on lui demande aujourd’hui où sont passés les 3 millions de dollars qui manquent dans l’exercice de l’Imprimerie du Congrès du temps où il était Président du Sénat ?
A force de trop écrire des billets d’amour…

(1) Voir notre article "Una classe politique de merde".