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La coopérative ouvrière Zanello a conquis 80 % du marché des tracteurs.

samedi 2 novembre 2002

« Usine en faillite, usine occupée », c’est la consigne pour des milliers d’ouvriers argentins, qui plutôt que de se désespérer en restant sans emploi, décident de s’approprier leurs outils de travail et de gérer eux mêmes la production dans un pays en pleine récession.
C’est un mouvement qui se développe au rythme de la crise économique vécu par le pays.

Les derniers chiffres officiels font état de 4 ans de récession et un indice de chômage de 21,5 % de la population. L’autogestion de 120 entreprises a permis de sauver 12.000 emplois, et une organisation qui regroupe les usines occupées estime qu’un million d’emplois pourraient être recréées avec ce mécanisme.

« Les entreprises que nous avons occupées étaient toujours en faillite, et jamais en fonctionnement, parce que notre objectif est de nous émanciper du destin marginal de chômeur » explique Jose Abelli, un des créateurs du Mouvement National des entreprises récupérées (MNER) qui regroupe 80 usines. Il y a 3 ans, Abelli, a été licencié sans indemnisation avec 80 compagnons d’une entreprise avicole de San Lorenzo dans la province de Santa Fe et ses employeurs ont déclenché une procédure de mise en faillite avec leurs créanciers.

« Comme, nous étions persuadés que nous ne toucherions jamais rien et qu’à 40 ou 50 ans, personne ne nous embaucherait, nous avons décidé de réagir. C’était très dur, parce que nous avons résisté 8 mois à l’intérieur de l’usine, luttant contre les tentatives d’expulsion, et finalement la justice nous a permis de travailler. » se souvient Abelli.

Les travailleurs ont formé une coopérative et ont risqué une partie de leurs salaires pour constituer le capital nécessaire au redémarrage de l’usine.
Dans l’entreprise frigorifique Fricader, dans la province de Rio Negro, les travailleurs ont occupé l’usine et ils résistent depuis des mois sans se relâcher un instant.

« C’est vrai qu’il y a des obstacles, mais nous nous en sortons parce que nous sommes tous engagésdans un même projet. Nous avons généré un nouveau contrat social : les coûts de gestion disparaissent et nous gagnons tous la même chose », raconte Abelli.
Une des entreprises pionnières de ce mouvement d’occupation et de contrôle ouvrier a été l’entreprise métallurgique IMPA de Buenos Aires qui avait fermé en 1997 et où, maintenant travaillent 140 personnes. Les ouvriers ont réussi à relancer la production et ils ont même pu créer un centre culturel où se retrouvent le soir les employés et de jeunes artistes.

La solidarité est une composante essentielle de ce nouveau mouvement et elle existe non seulement entre les salariés des entreprises occupées qui échangent expériences et savoir faire mais aussi avec les citoyens. C’est le cas de la Boulangerie Cinco de Buenos Aires qui ést autogérée par ses employés et qui fournit du pain aux cantines pour indigents gérées par les assemblées de quartier et les assemblées soutiennent les occupations d’usines en montant la garde avec les travailleurs.

Pour régler les problèmes légaux, le MNER a présenté mardi dernier au Parlement Argentin un projet de loi pour que, quand une entreprise est déclarée en faillite, les outils de production soient laissés à la disposition des travailleurs pour deux ans. L’actuelle loi des faillites privilégie les créanciers sur les travailleurs et cela a été renforcé cette année, sous la pression du FMI qui en avait fait une exigence pour conclure les accords de financement de la dette. Cela permet à des banques et entreprises multinationales de s’emparer « à bon compte » d’une partie de l’outil de production argentin.

Le mouvement a déjà obtenu que plusieurs municipalités exproprient des usines en cessation d’activité pour les remettre entre les mains des salariés. Par ailleurs, l’autogestion est en train de prouver que les travailleurs, en plus d’être capables de produire sans patron peuvent les gérer avec succès.

Le cas de la seule entreprise de tracteurs d’Argentine, Zanello, de la Province de Cordoba, est exemplaire, après 6 mois de fonctionnement sous contrôle ouvrier, elle a conquis 80 % du marché argentin. Ils ont créé 4 nouveaux modèles et ils prévoient de les proposer à l’exportation. « Nous sommes contents du succès de Zanello, alors qu’en janvier, nous avons eu peur de rester tous sans travail », déclare Mario Gastaldi, un des 200 employés de l’usine.

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