Accueil > Analyses > Les gens de gauche dans leur labyrinthe

Les gens de gauche dans leur labyrinthe

mercredi 6 novembre 2002

ADoliLe monde est plein de surprises. Ce n’est pas vrai qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. En fait, beaucoup de choses surgissent et nous étonnent. C’est presque comme le fait d’ouvrir la boîte de Pandore et d’attendre que l’inespéré en sorte.

Parler des gens de gauche et savoir à quoi l’on se réfère, cela demande de multiples interprétations, toutes chargées de significations diverses. S’agit-il de l’extrême gauche, de la gauche moyenne ou de la gauche plutôt à droite ? De celle du dessus ou de celle du dessous ?

C’est comme si l’on pénétrait dans un labyrinthe sans pouvoir en trouver la sortie. Tous se déplacent bien, mais ils sont incapables de construire un espace commun qui leur permette d’atteindre leurs objectifs.

Parfois même, nous pouvons trouver que certains groupes qui se disent de gauche fonctionnent dans un système de droite et savent très bien manœuvrer et manipuler pour utiliser le pouvoir à leur propre profit.

Les choses ne sont pas aussi simples. Pour trouver son chemin dans le labyrinthe, cela demande beaucoup d’efforts, et certains ne trouvent jamais la sortie et restent perdus et prisonniers dans des couloirs qui ne mènent nulle part.

Voici une autre « caractéristique de ceux qui se disent de gauche » : ils savent seulement diviser et ils n’ont jamais appris à additionner. C’est pourquoi ils rencontrent de sérieuses difficultés lorsqu’ils doivent construire des espaces communs ou mettre sur pied des politiques communes. Ils finissent toujours par se perdre dans leur propre labyrinthe d’idées et leur intolérance. Mais le pire, c’est qu’ils croient savoir où est la sortie du labyrinthe alors qu’en réalité ils sont complètement perdus.

Cela me rappelle l’histoire qu’on raconte d’un député qui arrivait toujours en retard à la Chambre et qui, tout en s’asseyant sur son banc, demandait la parole et disait : « Monsieur le Président… je ne sais pas de quoi vous discutez, mais de toute façon, je suis contre ».

En réalité, être de gauche suppose une capacité de résistance face à un système injuste qui porte atteinte à la vie des peuples. On doit lutter pour des idées et des valeurs qui surgissent de la participation du peuple pour obtenir les droits et l’égalité pour tous. La question est : « comment atteindre cet objectif si au lieu d’unir on divise, si au lieu d’additionner on soustrait ? ».

Certains groupes qui se disent de gauche et prétendent détenir « la vérité », n’ont en réalité que leur « petite vérité » qui aboutit à l’absolutisme et à l’intolérance. Cela les conduit à l’échec électoral et au manque de projets cohérents qui permettraient de construire des espaces de pouvoir et des possibilités de gouverner.

Dans la plupart des pays, que ce soit en Europe comme en Amérique Latine ou dans les autres continents, nous pouvons observer ce phénomène qui conduit les partis de gauche tout droit à l’échec. On trouve peut-être une exception dans le phénomène récent des élections brésiliennes avec le triomphe du Parti des Travailleurs, le PT, qui avec Lula a su trouver un équilibre dans ses propositions pour être capable de gouverner un pays comme le Brésil. En aucune façon, ils n’ont renoncé aux principes de base pour parvenir au droit et à l’égalité pour tous dans le cadre des processus démocratiques. Lula a commencé d’entrevoir le chemin pour sortir du labyrinthe. Nous espérons qu’il ne va pas se perdre dans des faux corridors.

On ne peut pas tout détruire pour tout reconstruire à nouveau. Il faut nécessairement récupérer les valeurs et les œuvres déjà réalisées au service des peuples et à partir de là construire de nouveaux chemins.

Quand nous observons les chemins suivis par les partis de gauche en Europe, en Amérique Latine et dans les autres continents, on s’aperçoit que dans leur grande majorité ils ont échoué et se sont perdus dans le labyrinthe par manque d’idées et d’unité politique et culturelle.

Bush, Berlusconi, Aznar, entre autres gouvernants, ainsi que les entreprises transnationales, le FMI et la Banque Mondiale, soutiennent le système de domination actuel, alors que les deux tiers de l’humanité vivent dans un état de pauvreté et d’exclusion sociale. Pendant que ceux qu’on nomme les partis de gauche n’arrivent pas à articuler une politique commune pour affronter ce système de domination. Ils restent tous emmêlés dans leurs querelles internes et ne peuvent trouver le chemin correct pour sortir du labyrinthe.

La grande révolution du XXIème siècle, c’est la créativité, l’imagination et le développement de la connaissance. Fidel Castro a su donner l’exemple de la résistance et de la possibilité de gouverner tout en apportant des changements pour son peuple, et ceci malgré plus de quarante ans que dure le blocus de Cuba imposé par la grande puissance du Nord.

Je ne parle pas ici de sociétés idéales, mais de sociétés possibles et perfectibles, de chemins pour construire la liberté et rétablir le droit pour tous et la capacité de résistance face à la voracité du pouvoir de domination.
On a besoin de projets communs pour gouverner ensemble, de créativité, de propositions faites avec le peuple, et non pas de groupuscules de gauche qui font beaucoup de bruit mais manquent d’idées, de créativité et, ce qui est beaucoup plus triste encore, prétendent posséder la vérité absolue, sans vouloir comprendre que tout le monde détient une petite parcelle de vérité et que l’important, c’est de partager ces petites parcelles et de les additionner pour construire la vérité de tous. Les gens de gauche doivent apprendre à additionner s’ils ne veulent pas rester enfermés dans leur propre labyrinthe.

Un regard vers l’intérieur est vraiment nécessaire. Un vieux proverbe africain nous dit : « Si tu ne sais plus où tu vas, retourne sur tes pas pour savoir d’où tu viens ». C’est par là qu’il faut commencer pour découvrir des chemins nouveaux et sortir du labyrinthe.


Traduit par Francis Gély