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Marche anti-répressive géante à Buenos Aires

mercredi 27 novembre 2002

Le 26 novembre à Buenos Aires, à cinq mois de l’assassinat de Dario Santillan et Maximiliano Kosteki, un nombre considérable d’organisations se sont jointes pour appeler à manifester contre la répression et pour rendre hommage aux disparus de l’Avellaneda ainsi qu’à tous les autres.

Chaque mois depuis l’assassinat de ces deux militants du MTD Lanus (Movimiento de travajadores desocupados de Lanus), le pont Pueyrredon, situé entre la commune de l’Avellaneda et la capitale fédérale, est bloqué en hommage à Dario et Maxi. Ce pont est l’une des artères entrantes principales de la capitale, il est situé à quelques centaines de mètres de la gare ferroviaire où, le 26 juin dernier, la Police Fédérale d’Argentine (PFA) a tué les deux hommes.

La violence de l’assassinat, la poursuite qui l’a précédé, le "marquage" de Dario comme militant important et à éliminer et, enfin, le fait qu’il ne subsiste pas le moindre doute quant à l’intention meurtrière de la PFA et à l’incrémentation du terrorisme d’état font que le 26 de chaque mois est désormais une date symbole à Buenos Aires et que Dario et Maxi représentent pour beaucoup toutes et tous les camarades tombés sous les balles de la PFA, toutes les victimes des injustices de la dictature policière connue sous le nom de République d’Argentine.

Pour ces raisons, entre autres, environ vingt mille personnes ont répondu à l’appel de ces associations, histoire de rappeler aux forces répressives et au gouvernement que les militants argentins ne pardonnent rien, que les balles tirées contre leurs camarades vont un jour revenir à l’envoyeur.

Les différent cortèges se sont rencontrés à onze heures, l’idée est de marcher jusqu’à Plaza de Mayo. La police, la gendarmerie et l’armée sont déja là, tous armés jusqu’aux dents, accompagnés de chiens et de pompes à eau, ces sortes de tanks à deux canons qui servent à lancer aux manifestants une soupe chimique supposée être de l’eau. Ils se sont déployés dans un ballet militaire du genre qu’ils trouvent majestueux, on imagine : en face de la manifestation sont positionnées plusieurs lignes de gendarmes, de policiers de la PFA, de militaires, une ligne pour chaque corps, alternativement. La PFA est devant, aux assassins les meilleures places.

La manifestation n’est pas tout à fait formée que la nouvelle tombe : la juge fédérale Servini de Cubría a décidé que les manifestants ne franchiraient pas le barage policier sans être fouillés individuellement. Vingt mille personnes. On imagine que le pont est sur la commune de l’Avellaneda, comme la suite de la marche doit se dérouler dans la capitale fédérale il est possible que la limite administrtaive fasse que ce genre de mesure soit possible, il est posible que la juge ait déterré une astuce légale autorisant la fouille, ce jugement est peut-être légal. Dans quel monde vivent-ils pour inventer des choses pareilles ?

Les manifestants cuisent au soleil de Buenos Aires, aujourd’hui, la chaleur est terrible sur le pont, tout autant que la tension. Les piqueteros ne vont pas ceder : comme de juste, ils veulent passer sans fouille, comme on s’y attend, la police, la gendarmerie, l’armée s’y opposent. L’alternative au franchissement du barrage par la marche est la répression et, vu à quel point ils sont armées, l’arternative ne peut être que tragique. Les journalistes institutionnels sont éloignés de la manifestation, de l’autre côté du barrage policier, ça n’empèche pas que même à la télévision, les champs de la marche s’écoutent, ils chantent comme des fous, ils injurent et maudissent la police pour combattre la tension.

Peut-être est-ce pour cela que les Mères de la place de Mai, les tellement célèbres et tellement aimées Madres de Plaza de Mayo, se rendent à la manifestation. Incroyablement, elles vont franchir le cordon policier, traverser le pont dans toute sa longueur pour rejoindre le piquete. La police leur fait barrage mais elles vont passer, un policier, un militaire ou un gendarme, tout chiens qu’ils soient, ne peuvent pas se permettre de toucher ou de frapper une mère de disparu. En décembre, le matraquage des Mères par la PFA a été l’un des facteurs déclanchants de l’insurrection populaire. Frappe une Mère et le peuple descend dans la rue. Ces Madres de plaza de Mayo, qui ont donné tellement mal à la tête à la dernière dictature en faisant leurs rondes place de Mayo pour réclamer leurs enfants, sont certainement le symbole le plus fort et le plus durable de la résistance à l’oppression en Argentine. A environ deux heures de l’après-midi, elles rejoignent la manifestion sous les chants des manifestants.

L’ordre de la juge est de plus en plus questionné, quelques-uns se sont rendus à la législature pour voir une copie de l’ordre, on leur répond qu’il n’existe pas. Zamora demande aux fonctionnaire en charge de la "contention" de la manifestation une copie de l’ordre, un commissaire lui répond que l’ordre était oral, qu’il n’a pas de copie écrire. Aux environs de quatre heures, des référents de la manifestation rencontrent le ministre de l’intérieur, qui leur annonce qu’il ne peut pas intervenir à l’encontre d’une décision de justice. Que la décision de justice existe ou pas n’a pas l’air d’affecter la rectitude du ministre.

Les heures passent, les manifestant n’en finissent plus de cuire au soleil et les négociations avancent. Tard, il n’est plus question que d’une fouille "visuelle" des possessions des manifestants. Ils refusent. Encore plus tard, il n’est plus question que d’une fouille visuelle des manifestants, cela signifie que les effectifs de l’armée, de la gendarmerie et de la PFA vont se mettre en ligne se le côté de la route pour voir passer les manifestants. En effet, la marche passe le barrage et, sur plusieurs centaines de mètres, les manifestants vont défiler devant la troupe. Toute la haine du monde passe dans les regards échangés, et ce d’autant plus qu’on peut voir á présent de près l’arsenal dont ils se sont munis : ils ont effectivement des fusils, des batons et des mitraillettes de toutes les tailles, ils ont des boucliés et des armures. Comme toutes les forces répressives du monde, la troupe argentine s’habille comme Robocop, on espère qu’ils ont bien cuit au soleil : à la fin de l’attente, la manifestation était à l’ombre, pas la police.

La marche n’en finit pas de passer : les organisateurs avaient conseillé à ceux qui ne se sentaient pas capable de subir la répression de se mettre à l’entrée du pont, côté Avellaneda, maintenant, le grand nombre de familles et de gamins et gamines ont rejoint la manifestation pour franchir le barrage avec le reste du cortège. Il y a un monde fou, le cortège géant franchit le pont sous les acclamations des milliers de manifestants qui s’étaient massés à l’entrée de la capitale, soit plusieurs milliers de personnes.

La marche passe l’avenue Montes de Oca, puis 9 de Julio, puis Avenida de Mayo et arrive à la Casa Rosada, la maison du gouvernement de Duhalde. Là-bas attendent d’autres manifestants dans une pagaille musicale agréable. A la sono, quelqu’un lit le texte de convocation de la manifestation, signé par toutes les organisations cconvocantes. La marche s’est très bien déroulée, aprés les huit heures d’attente en face de la police. Plaza de Mayo, la manifestation se dissout.

La PFA est dans les parages, toujours, ils ne sont pas nombreux à plaza de Mayo. Aujourd’hui, ils ne vont assassiner personne.

La couverture complète de la journée avec photos, vidéos et audio sur Indymedia Argentina.