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Bush et la boîte de Pandore

mercredi 26 février 2003

Dans la mythologie grecque, Héphaïstos, appelé Vulcain chez les Romains, sur ordre de Zeus, créa la première femme, Pandore. Les dieux de l’Olympe lui firent don de toutes les qualités avec l’intention de causer ainsi la perte de tout le genre humain. Zeus, le plus grand des dieux, lui confia une petite boîte qui contenait tous les maux avec la recommandation de ne jamais l’ouvrir sous peine de provoquer de grandes calamités dans toute la création. Pandore n’a pas su retenir sa curiosité et elle ouvrit la boîte en laissant échapper tous les maux dont souffre encore aujourd’hui l’humanité. Dans cette petite boîte il ne resta plus que l’Espérance.

Dans l’Apocalypse, le prophète a la vision des sept anges et des sept plaies et voit des rivières de sang et de mort se déverser dans le fleuve Euphrate (aujourd’hui en Irak). Plus loin, on peut lire au Chapitre 16, verset 12, « le sixième ange déversa la coupe qu’il tenait dans le grand fleuve Euphrate ; l’eau en fût asséchée pour qu’ainsi soit préparé le chemin des rois de l’orient ». Ensuite, dans le chapitre 13, verset 16, il est dit : « Il les réunit tous en un lieu qu’en hébreu on appelle Argamedon ». Le chiffre de la bête apocalyptique est 666 (chapitre 13, verset18) : « C’est là que se trouve la sagesse et celui qui possède l’intelligence connaîtra le chiffre de la bête. Et ce chiffre est six cent soixante six ».

Aujourd’hui, le chiffre de la bête se trouve aux Etats-Unis et appartient au centre financier le plus important du monde.

Il ne s’agit pas ici de faire de la futurologie et de se laisser entraîner dans le fatalisme qui voudrait que tout soit déjà écrit. Mais il faut garder la mémoire des événements et distinguer les signes dont l’humanité souffre aujourd’hui. Le destin du monde est dans les mains des êtres humains, des gouvernants qui peuvent faire la paix ou nous entraîner tous vers la guerre.

Bush, comme Pandore, se laisse mener non par la curiosité, mais par ses ambitions personnelles de pouvoir et d’hégémonie mondiale. Il croit qu’il peut rester seul contre tous et oublier que le monde s’est mobilisé le 15 février pour lui dire : « Non à la Guerre. Oui à la paix ! » Malgré cette grande clameur de toute l’humanité, dans une de ses dernières déclarations le président a pu dire que « la démocratie est une belle chose. Elle permet aux gens d’exprimer leur opinion ». Il ne la considère pas comme un droit des peuples mais comme un fait toléré par le pouvoir, et il affirme par la suite que « les protestations pacifiques ne modifieront en rien ses plans sur l’Irak ».

C’est une évidence, ses convictions démocratiques sont ainsi réduites en poussière. Il est persuadé que seulement les « quatre mousquetaires qui possèdent des missiles » ont raison. Bush, Blair, Aznar et Berlusconi sont aveuglés par la superbe du pouvoir. Ils restent sourds à la clameur des peuples et c’est l’ambition de récolter « les extraordinaires bénéfices de la guerre », comme l’a dit à Madrid le frère du président Bush, qui les a conduits à ouvrir la boîte de Pandore, sans mesurer les conséquences de cet acte pour leurs propres peuples et pour l’humanité.

Comme l’apprenti sorcier qui déchaîne la tempête et ne peut plus la contrôler, Bush est actuellement dans la même situation en détachant les démons du complexe militaro-industriel et des grands intérêts économiques des transnationales du pétrole qui aujourd’hui gouvernent les Etats-Unis. Les forces rassemblées dans la région sont impatientes de passer à l’action et il ne peut plus les retenir très longtemps. Beaucoup trop d’intérêts militaires, politiques et économiques se sont déjà déchaînés et il est maintenant difficile de les contenir et de faire marche arrière. Les Nations Unies ont été pratiquement éliminées de la scène et sont soumises à de fortes pressions par le gouvernement de Bush pour qu’elles acceptent ses conditions.

Il ne veut pas reconnaître les résultats des inspecteurs de l’ONU. En fait, il prétend que l’ONU se trompe et il voudrait qu’elle se soumette à ses pressions pour justifier l’injustifiable. La guerre que Bush lui-même, enfermé qu’il est dans son propre labyrinthe et son irresponsabilité, n’a plus le pouvoir d’arrêter, peut avoir pour le peuple américain des conséquences imprévisibles.

Les Etats-Unis ne respectent pas le droit international et, en déclarant cette guerre, le président Bush ainsi que quelques-uns de ceux qui le secondent, doivent être déclarés agresseurs et responsables de crimes de lèse humanité.

Un critique de la politique du gouvernement de George Bush, Gore Vidal, analyse les compromissions et les relations des Bush, père et fils, ainsi que les relations de la secrétaire de l’intérieur, Condoleezza Rice avec Exxon et Texaco, et celles du chef du Pentagone, Donald Rumsfeld, avec la compagnie pétrolière Occidental. Toutes ces relations révèlent le véritable motif de la guerre contre l’Irak. Le but est bien le pétrole et l’hégémonie mondiale de l’empire. Les coûts en vies humaines et les ressources des peuples ne les intéressent pas. Ils veulent à tout prix atteindre leurs objectifs économiques et politiques.

D’autre part, il existe bien un fil conducteur entre l’Irak et le Venezuela. Les tentatives pour renverser le gouvernement d’Hugo Chavez ont pour but de s’emparer des ressources pétrolières de la région et de fortifier l’hégémonie mondiale des Etats-Unis. Le Département d’Etat a été et reste toujours impliqué dans ces tentatives de coups d’état. Le pétrole vénézuélien est vital pour l’économie nord-américaine et ils veulent en fait obtenir le contrôle international de toutes les sources énergétiques. Cela mettrait l’Europe, la Chine, la Russie et tous les autres pays du monde sous l’orbite des Etats-Unis qui contrôleraient ainsi toutes les ressources mondiales.

Certes, la résistance pour ne pas se joindre à cette guerre contre l’Irak manifestée par quelques pays d’Europe comme la France, l’Allemagne et la Belgique peut s’expliquer par les accords bilatéraux de ces pays avec l’Irak concernant les ressources pétrolières, mais leur attitude est quand même courageuse et décidée face à l’hégémonie nord-américaine. On trouve encore des valeurs et du courage pour dire non à la soumission.

Une situation dont on parle peu et qui fait pourtant courir de grands risques à l’humanité et en particulier à l’Amérique Latine, c’est la militarisation déployée par les Etats-Unis sur ce continent. Elle se traduit par l’installation de bases militaires dans la plupart des pays et par la présence de troupes nord-américaines dans le cadre du Plan Colombie et, en Amérique Centrale, du Plan Puebla-Panama. Dans les hypothèse de conflits où seraient mêlés les armées latino-américaines sous le commandement unifié des Etats-Unis, on signale que : « dans un scénario de guerre, les ennemis seront les organisations sociales et les organisations non gouvernementales en plus des ennemis potentiels ». Récemment la Doctrine de la Sécurité Nationale a été réaffirmée avec ses conséquences douloureuses et tristes pour les peuples et le saccage impitoyable des ressources. Cette situation peut provoquer un autre Viêt-Nam.

Les sept plaies de l’Apocalypse sont lâchées et la boîte de Pandore a libéré tous les maux de la bête apocalyptique qui rôde partout en cherchant la destruction et la mort.

Pour la première fois toute l’humanité s’est levée à l’unisson pour réclamer le droit à la Vie et à la Dignité. L’Espérance se trouve dans la vie et l’énergie des peuples qui peuvent changer le cours des événements que certains gouvernants avec leurs épées veulent imposer au monde.

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