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La démission de Remes Lenicov met le FMI dans une position difficile

vendredi 3 mai 2002

remes lenicovLa récente démission du ministre argentin de l’Economie, Jorge Remes Lenicov, met de nouveau le FMI dans une position d’accusé face à la crise de plus en plus grave traversée par l’Argentine. L’institution monétaire internationale, qui se voyait encore récemment reprocher de prêter sans compter à Buenos Aires, se voit maintenant accusée de demander toujours davantage pour reprendre son soutien financier alors que le pays se trouve en situation de banqueroute.

L’opposition argentine, les organisations syndicales et de gauche protestent contre les demandes du FMI mais aussi certains économistes américains comme Mark Weisbrot, co-directeur du Centre d’Etudes Economiques et Politiques (CEPR). Selon lui, les exigences du Fonds sont "si dures qu’elles causent beaucoup de souffrances et de dégâts" à l’économie argentine. Il compare l’institution monétaire internationale aux canonnières que les puissances coloniales envoyaient au XIXe siècle dans les pays vassalisés pour les contraindre à accepter leurs conditions. Mark Weisbrot souligne que, la semaine dernière, l’Argentine est parvenue à dégager un léger excédent de sa balance commerciale lui permettant de payer pour ses importations mais pas de reprendre le service de sa dette interrompu depuis décembre. La dette totale de l’Argentine s’élève à plus de 141 milliards de dollars. Il s’affirme d’accord avec Roberto Frankel, directeur de la Banque de la Province de Buenos Aires, qui a dit récemment que le FMI voulait faire payer le pays pour avoir fait défaut sur cette dette. Selon Roberto Frankel, si le Fonds ne se montre pas particulièrement dur avec l’Argentine, ce sont les autres pays émergents qui vont en souffrir avec un renchérissement du coût de leurs emprunts sur les marchés internationaux. Le Fonds avait organisé en décembre 2000 un plan de soutien financier pour l’Argentine s’élevant à 40 milliards de dollars auquel il devait contribuer lui-même pour 13,7 milliards. En août 2001, il avait rajouté 8 milliards de dollars avant d’interrompre ces versements en décembre de la même année, faute de progrès dans l’application du programme d’austérité budgétaire promis par le gouvernement de l’époque. Selon Walter Molano, analyste pour la société financière BCP Securities, les autorités Buenos Aires devraient désormais envisager un plan différent de celui souhaité par le FMI. Celui-ci demande un accord entre le gouvernement central et les 24 provinces pour qu’elles limitent leurs dépenses, une modification de la loi sur les faillites décriminalisant celles-ci et une politique monétaire visant en premier lieu à lutter contre l’inflation. Remes Lenicov a démissionné car il n’est pas parvenu à obtenir un soutien pour sa proposition de convertir en obligations à faible rendement les dépôts bancaires gelés depuis décembre. Du coup, l’ensemble du gouvernement a également remis son sort entre les mains du président Eduardo Duhalde. Mais, mercredi, le gouvernement a signé un accord avec les provinces prévoyant une diminution de leurs dépenses, un objectif de stabilité monétaire et la modification des lois s’appliquant aux entreprises pour encourager l’investissement. Quelques heures après, le Congrès votait également une loi pour empêcher que les dépôts bancaires soient vidés par les autorités judiciaires agissant au nom de particuliers désireux de récupérer leur argent. Remes Lenicov a été remplacé par l’ex-ambassadeur auprès de l’Union européenne Roberto Lavagna. Quant aux Etats-Unis, ils ne bougent pas de leur ligne dure. L’Argentine doit "continuer à avancer en contact étroit avec le FMI", a rappelé jeudi le secrétaire au Trésor américain Paul O’Neill, tout en se félicitant de l’accord signé avec les provinces. Un message qui semble avoir été entendu par le président Duhalde qui a reconnu qu’il n’y "avait pas d’alternative" au plan défendu par le FMI.