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Débat sur la situation politique en Argentine après l’élection de Kirchner

mardi 10 juin 2003

L’Argentine vit une situation extrêmement contradictoire. Comme CALPA a titré le tract distribué pendant la manifestation du 1er mai à Paris et comme le démontrent les ouvrières de Brukman : La lutte continue !!!,.

Que se passe t’il en Argentine ? Tout ce qui a été dit sur les luttes du peuple argentin, le mouvement piquetero, les assemblées populaires, les usines occupées, était exagéré ? Nous sommes maintenant face à une situation différente comme si rien ne s’était passé pendant les deux dernières années ? Ce sont les questions les plus fréquemment posées face à l’apparente contradiction entre les luttes héroïques du peuple argentin et le résultat électoral. Rappelons quelques faits fondamentaux :

L’Argentine subit une crise économique sociale et politique sans précédents. La misère a dramatiquement augmenté, l’appareil productif a été très amoindri, l’état, le système financier et beaucoup d’entreprises sont menacées de faillite, les conditions de vie de la population se sont terriblement dégradées, les salaires, quand ils existent ont été divisés par deux ou trois, les appareils de santé et d’éducation ont été laminés. Une partie importante du pays est marginalisée.

Dans cette optique, les élections se sont inscrites dans une stratégie politique visant à constituer un gouvernement fort qui puisse mettre en œuvre les plans du FMI et prendre les mesures qui concentrent les effets de la crise sur le peuple et les travailleurs en préservant les classes dominantes, avec le maintien et même le développement des bénéfices des spoliateurs.

Ces élections se sont conclues lamentablement. Nestor Kirchner, un membre et un produit des appareils politiques du menemisme et du duhaldisme qui ont gouverné le pays pendant les dernières années, aura été élu par 22 % des votes exprimés et 16 % des inscrits. Le renoncement de Menem au deuxième tour ne fait que souligner ce résultat et fait penser que les secteurs les plus puissants des classes dominantes essayeront par tous les moyens de déstabiliser Kirchner et d’en faire un président TRANSITOIRE.

Kirtchner était le candidat de Duhalde et la seule chose qu’il a décidée pendant la campagne électorale, c’est de maintenir Lavagna au poste de Ministre des Finances. Cela signifie clairement que les négociations avec le FMI, constituent la véritable raison d’être de ce gouvernement et le déterminant de toute sa politique et qu’elles se poursuivront sur les mêmes bases.
Tout le reste sera un cache misère et tout dépendra ensuite du rythme de gestation de la nouvelle crise.

Parallèlement, le mouvement piquetero, les assemblées populaires et les usines occupées ont fait la démonstration de leur force et de leur énergie pendant ces dernières semaines. La quatrième Assemblé Nationale des Travailleurs et des chômeurs a voté le 6 avril un plan de lutte qui se met fidèlement en place. La défense des travailleurs de Zanon a été un triomphe grâce à l’importante mobilisation ouvrière et populaire de la province de Neuquen. Les travailleurs de Brukman ont été expulsés par une opération de répression très violente et une mobilisation massive et unitaire a su apporter la réponse appropriée.
La manifestation du 1er mai à Buenos Aires a réuni près de 20.000 personnes derrière le slogan : Dehors l’Impérialisme d’Irak, Ni Menem, Ni Kirchner, Brukman appartient aux travailleurs, Liberté aux détenus pour lutter.

Les élections auront des conséquences politiques mais elles ne peuvent pas mettre entre parenthèses la crise et elles n’annuleront pas la volonté de lutte des exploités, des militants et des organisations. Il est très probable que les prochains mois verront se succédées des convulsions et des transformations avec les mobilisations ouvrières et populaires. De nouvelles luttes se préparent et leur succès dépendra des capacités d’assimilation des enseignements tirés des événements récents.
La seule réponse valide est de maintenir les revendications des usines occupées et de tout le peuple en lutte et de garantir l’indépendance des mobilisations dans ses méthodes et ses objectifs face aux différentes manœuvres et divisions du gouvernement. Il ne faut céder sur rien. Le programme du gouvernement, c’est payer la dette externe de la seule manière possible, à savoir, au détriment des premières nécessités du peuple, du développement national et des intérêts de la classe des travailleurs.
CALPA maintiendra et développera ses actions de solidarité avec les luttes du peuple argentin et sa diffusion des informations sur la situation dans le pays. CALPA a besoin de tous pour renforcer ses engagements.