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Rompre avec le Fonds Monétaire International

vendredi 17 octobre 2003

Les discussions actuelles entre le gouvernement argentin et le Fonds Monétaire International montrent à la fois la continuité de la politique des différents gouvernements du pays dans ses relations avec l’impérialisme et les difficultés que rencontrent ce dernier pour stabiliser sa domination en période de crise.

Le gouvernement de Nestor Kirchner est décidé à faire toutes les concessions nécessaires pour parvenir à un accord avec l’impérialisme. Selon toutes les apparences, les interlocuteurs se sont orientés vers une forme d’accord transitoire, afin de poursuivre les négociations une fois passé la série d’ élections qui se prolongent jusqu’en décembre. D’un autre côté, le gouvernement doit présenter fin décembre son plan de renégociation de la dette externe en ce qui concerne les titres en possession du secteur privé, pour un montant de 96000 millions de dollars. Là aussi la négociation sera longue et l’accord avec le FMI est lié à ce plan en faveur des créanciers privés.

A propos des points essentiels en discussion, l’impérialisme a déjà imposé ses points de vue. On accepte qu’un minimum de 3 % du Produit Intérieur Brut (en tant qu’excédent dans le budget de l’Etat) soit destiné à payer la dette, ce qui signifie 4000 millions de dollars. Le FMI donne en exemple Lula - qui est arrivé jusqu’à 5 % - et le Ministre Lavagna et le Président Kirchner rétorquent qu’il est préférable de s’en tenir à un 3% garanti que d’envisager un pourcentage supérieur qui pourrait entraîner une crise immédiate. L’impérialisme peut ainsi choisir entre une saignée rapide ou bien lente du pays.

Le Parlement, quant à lui, est en train d’entériner toutes les lois que le FMI exige, telle que l’indemnisation du secteur bancaire à hauteur de 3000 millions de pesos et l’élimination du coefficient de variation salariale. De cette manière, progresse le dénommé "assainissement du secteur financier", c’est-à-dire le transfert des ressources vers les grandes banques afin qu’elles continuent à dominer l’économie nationale et à réaliser d’énormes bénéfices spéculatifs.

De plus, le gouvernement accepte chacune des exigences de l’impérialisme américain, sur le plan économique comme sur le plan militaire. Sera votée la réforme de la loi des brevets, afin de garantir le monopole des royalties. Le plan militaire Aguila III est organisé avec l’impunité exigée par les nord-américains. L’envoi de troupes en Irak se prépare. On lutte "contre le terrorisme". Ce n’est pas un hasard si à plusieurs occasions, lors de l’entrevue entre Bush et Kirchner, Washington a manifesté sa satisfaction à l’égard de la politique argentine sans donner la moindre importance à la présence de Castro et de Chavez à Buenos-Aires - présence qui sert à légitimer un gouvernement en crise.

La question des tarifs des entreprises privatisées provoque une série de difficultés, parce que les nord-américains veulent profiter de la négociation avec le FMI pour assomer leurs concurrents européens, en dépit des compromis de Washington avec Aznar lors de la guerre contre l’Irak. Les grandes entreprises françaises, publiques et privées, qui contrôlent les services publics pourraient bien payer les pots cassés. C’est pourquoi Paris a été sur une position plus intransigeante que Washington et ne voulait pas que le FMI signe un quelconque accord si la situation privilégiée des entreprises privatisées n’était pas garantie. Le gouvernement a dores et déjà assuré qu’il n’y aurait aucune rupture avec le secteur privé mais il tient à garder un pouvoir minimal de négociation.

Nous observons alors une situation dans laquelle le gouvernement argentin accepte les diverses formes de contrôle et d’exaction du FMI, de l’impérialisme et de ses entreprises, et demande une négociation avec les différents secteurs pour ne pas provoquer une crise et pouvoir payer de façon ordonnée la dette et garantir que chaque année des dizaines de milliards de dollars continuent à sortir du pays.

Il n’y a pas d’accord avec le FMI et les gouvernements impérialistes qui puisse prendre en compte les intérêts du peuple argentin et des travailleurs ; toute forme de négociation et de paiement de la dette externe représente une hypothèque et une dévastation pour le pays et ses habitants, et les condamnent à la misère et au sous-développement. L’unique alternative réelle est de rompre avec le Fonds Monétaire International et de refuser de reconnaître la dette externe.