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Kirchner fait mine de juger les militaires dictateurs et tortionnaires

mercredi 17 septembre 2003

Lundi 1er septembre, Canal + a présenté un documentaire de la journaliste Marie-Monique Robien sur les "Escadrons de la Mort. L’Ecole Française". Dans les jours qui ont suivi, de larges extraits de ce film ont été diffusé à Buenos-Aires, surtout les entrevues de l’ex-président Reynaldo Bignone, du ministre de l’intérieur Albano Harguindeguy et de l’ex-chef du IIème Corps de l’Armée Ramon Dias Besson.

Au cours de ces entrevues, les militaires ont revendiqué tous les crimes commis sous la dictature, depuis la torture jusqu’aux disparitions.

La répercussion fut énorme ; immédiatement les tortionnaires furent dénoncés devant la justice pour apologie du crime et il est question de leur destitution.
Ce fait nous indique quelle est la situation actuelle dans la lutte contre l’impunité en Argentine. Notons également que le programme de Canal + n’a entraîné aucune conséquence pour les Forces Armées Françaises, aucune dénonciation de leur participation et de leur appui au massacre des peuples et des militants d’Argentine, du Chili, d’Uruguay. Le film dénonce, par exemple, le fait que la DST informait systématiquement la DINA chilienne sur les mouvements des exilés qui essayaient de rentrer au pays pour lutter, dans le but qu’ils soient attendus et massacrés. Il existe un combat à mener contre l’impunité et la répression à Paris et contre les gouvernements et institutions françaises.

A Buenos-Aires, la lutte qui dure depuis plus de 20 ans contre l’impunité et les assassins, la répression et la torture, pour l’apparition en vie et le châtiment de tous les coupables, a trouvé un nouveau souffle, non pas à la suite des décisions du gouvernement, mais comme une des conséquences de l’argentinazo et de l’affrontement avec les forces de répression. Souvenons-nous des morts des 19 et 20 décembre et de la réaction contre les assassins du Pont Pueyrredon. Au cours de ces journées,les mobilisations ouvrières et populaires ont imposé une nouvelle dynamique.

Le Ministre Papuro résume très bien de quoi il est question : " Environs 2000 militaires peuvent être à nouveau jugés, pour la plupart des retraités...les Forces Armées vont collaborer avec la justice pour mettre fin définitivement à 30 ans de dissensions. J’ai pleinement confiance dans le fait que les militaires en exercice aient compris absolument la nécessité d’en finir avec tout cela en s’engageant sur le chemin vers la justice choisi par le gouvernement. La seule chose que veulent les militaires est que tout cela reste dans le cadre de la loi et ne se transforme pas en une persécution ou en une chasse aux sorcières" (La Naciòn, 4 septembre.)

L’impunité d’Alfonsin et de Menem ne peut plus être défendue de la même façon parce que ce régime politique s’est effondré. L’évidence est que Kirchner n’est pas Menem, bien qu’ils appartiennent au même parti et aient participé au même gouvernement pendant 10 ans. Maintenant, les compromis s’imposent et les capitulations honteuses remplacent les actes provocateurs.

Le gouvernement de Kirchner, comme on le sait, a dû se dépêcher de sanctionner la "nullité" des lois d’obéissance due et de point final pour éviter que les extraditions aient lieu.

Comme l’a déclaré Sophie Thonon, "le gouvernement de Nestor Kirchner, en dépit de ses généreuses déclarations, continue en fait à appliquer la politique antérieure en ne permettant pas le passage en justice des demandes d’extradition déposées par des pays étrangers." (Le Monde, le 3 septembre.)

Tout ce processus de crise conduit à un nouvel enlisement de la justice - justice de continuité entre la dictature et les gouvernements d’Alfonsin, de Menem, de Duhalde - et au développement de provocations permanentes de la part des répresseurs. Les juges ont déjà commencé à mettre en marche la farce des " deux démons", à l’instar du juge Bonadion qui place en détention d’anciens dirigeants montoneros afin d’enquêter sur le massacre des militants de cette organisation. La Cour Suprême détient la clé de l’ensemble de cette situation, qui en tant que telle, serait destinée à traîner pendant des années dans des conditions chaotiques, tandis que les appareils répressifs poursuivent leur action et les Forces Armées reçoivent de nouvelles missions afin de développer le pays.

La lutte contre l’impunité et pour le châtiment des répresseurs exige autre chose : une définition politique qui leur fasse un procès comme parties intégrantes des forces de répression, l’ouverture de toutes les archives, la dissolution des structures armées et répressives.