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Triomphe des Brukman : les ouvrières sans patron ont arraché leur vote

samedi 1er novembre 2003

Ce jeudi 30 octobre 2003 à 18 heures 55, après 22 mois de luttes des travailleurs de Brukman, les députés de Buenos Aires ont voté l’expropriation des anciens propriétaires de l’usine textile et ont officiellement concédé les bâtiments et les machines à la Coopérative des travailleurs du 18 décembre (date de l’occupation de l’usine Brukman en 2001).

Ce fut un jour inoubliable pour toutes celles et tous ceux qui se sont battus pour leur dignité et le droit d’exploiter l’outil de travail qui avait été pillé et abandonné par les anciens propriétaires.

Parmi les obligations liées à cette ordonnance, figurent celle d’ouvrir une école de couture et de modelisme et de réintégrer tous les salariés, y compris ceux qui n’avaient pas participé à l’occupation. Après la réalisation d’un inventaire des matériels disponibles dans les ateliers et la publication de l’ordonnance au Journal Officiel, les travailleurs pourront prendre possession de l’usine dont ils avaient été expulsés, il y a 6 mois, une semaine avant les éléctions présidentielles.

Esther Valdez, une représentante des travailleuses de Brukman participera au Forum Social Européen le vendredi 14 novembre à Ivry sur Seine

Argentine et Amérique Latine au Forum Social Européen

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60 ouvrières, malgré l’opposition des forces de l’ordre ont réussi à pénétrer dans l’enceinte du Parlement pour fêter leur triomphe. Après 22 mois de conflit, deux expulsions avortées et une aboutie en pleine nuit, elles ont survécu à toutes les répressions qui ont fait des dizaines de blessés. Elles ont vécu les derniers 6 mois sous une tente humide et froide. Elles criaient : « la seule chose que nous voulons, c’est travailler, nous savons faire des vêtements et pour les meilleurs marques comme Christian Dior. »

Celia Martinez qui fut longtemps la porteparole et la figure emblématique des Brukman a déclaré : « C’est le triomphe des travailleurs et de tous ceux qui nous ont appuyé. Pour nous, c’est revivre, parce que travailler, c’est vivre. Nous avons récupéré notre dignité. »

Elles ont retracé leur histoire pendant ces deux ans pendant lesquelles il y a eu des débats sur les méthodes de lutte, les recours juridiques à utiliser ou pas, la revendication d’une étatisation sous contrôle ouvrier ou la formation d’une coopérative.

Mathilde Adorno : « Nous avons appris à débattre entre nous, parfois durement dans les assemblées et à nous retrouver ensuite pour prendre du maté et rire ensemble ».
Ensuite, elles sont entrées dans la salle du parlement et se sont assises sur les gradins avec des délégations d’autres usines occupées. Entre autres, ceux de Ghelco, Clinique Medrano, Sasetru, El Astillero, la Coopérative Constituyente, un gourpe de travailleurs de Zanon venus spécialement de Neuquen.

L’ordonnance a été votée par tous les groupes de gauche, les péronistes de PJ, l’Ari de Alicia Carro, des députés proche de l’ancien ministre Cavallo et même de Macri.

Jorge Aquello a déclaré : « Battre les records de chômage, c’est battre les records d’indignité. Il s’est engagé publiquement à soutenir et travailler avec Luis Caro du Mouvement des usines occupées pour modifier la loi National des faillites à partir de décembre quand il prendra ses fonctions de député national.

Des députés de gauche, comme Jorge Altamira du Partido Obrero, ont voté contre l’article 8 de l’ordonnance qui oblige la coopérative à réintégrer tous les salariés, y compris ceux qui ont soutenu les anciens propriétaires et qui se sont présentés au parlement avec une note mentionnant que leur seul intérêt était de toucher les indemnités. Ils ont aussi critiqué les valeurs retenues pour les matériels inclus dans la faillite.

Après le vote final, tous les Brukman et leurs soutiens sont sortis fêter l’événement.

Une étape nouvelle s’ouvre devant les Brukman qui vont devoir maintenant lutter avec leur statut de coopérative pour maintenir les emplois dans un contexte économique très dur.
Calpa cherchera tous les moyens pour relayer ces nouvelles luttes.