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SASETRU : Aide au démarrage de la coopérative ouvrière

samedi 25 octobre 2003

Les travailleurs en lutte de Sasetru Gestion Ouvrière ont déjà surmonté de nombreuses étapes. Depuis qu’ils ont investi l’usine abandonnée pour y relancer la production en janvier 2003, ils ont subi répressions et expulsions, mais ils sont parvenus à la récupérer. Après une bataille tenace, ils ont obtenu que soit prononcée une ordonnance d’expropriation de cette fabrique de pâtes.

Le défi qui se pose aujourd’hui n’est pourtant pas moins grand : mettre l’usine en marche, après 20 ans d’abandon et le vol des pièces clés des machines par le patronat, qui a fait tout son possible pour empêcher les travailleurs d’y relancer la production.

La force de travail ne manque pas, ni la volonté de démontrer que les travailleurs peuvent rouvrir les usines sous leur propre gestion. Ce qui manque ce sont les moyens nécessaires à la mise en conditions des machines et au rétablissement des services indispensables.

La décision de mettre l’usine en marche le plus tôt possible a été prise, c’est pourquoi, parallèlement à la lutte pour un financement par l’Etat, les ouvriers de Sasetru Gestion Ouvrière ont entamé une campagne de solidarité nationale et internationale, pour que les travailleurs du pays et du monde contribuent à réaliser la mise en marche de l’usine. Nous vous invitons à vous associer à cette campagne, en mettant en place des réseaux de soutien et en sollicitant la collaboration des organisations susceptibles de contribuer à cette cause.

L’Argentine, considérée à une certaine époque comme le « grenier du monde », est un pays essentiellement agricole et d’élevage, qui a une capacité considérable à répondre aux demandes internationales sur ce type de produits. L’usine Sasetru a produit des aliments entre les années 60 et 80, employant 7000 travailleurs, répartis en 12 ateliers dans la ville d’Avellaneda.
Cette ville, située dans le Grand Buenos Aires, tout proche de la Capitale Fédérale, a été de 1930 au début des années 80 un lieu de haute concentration industrielle.

Les politiques gouvernementales dictées par le FMI et la Banque Mondiale, privilégiant les capitaux spéculatifs, ont converti la ville en un cimetière d’usines, d’ateliers vides, et ont accru le chômage dans le district, de 6% à 30%. Le Pôle Ouvrier a détecté que, malgré le génocide industriel qui a balayé l’industrie installée dans le pays et ouvert le marché aux produits importés, de nombreuses installations fermées ou abandonnées par les chefs d’entreprise disposaient encore de machines et d’outils qui bien qu’un peu obsolètes, sont encore en condition de produire.

La fabrique de pâtes Sasetru, d’une superficie de 10 000 m2, est située à Avellaneda rue Madariaga, entre les rues General Belgrano et Venezuela. Elle a été abandonnée par la direction il y a 20 ans, suite à une faillite, une escroquerie envers les travailleurs à qui aucune indemnisation n’a jamais été versée.
Il y a 7 ans, Molisur (filiale de Molinos Río de la Plata, Groupe PeCom) a acheté le bâtiment et les machines, pour démonter l’usine et éviter une concurrence potentielle. L’ensemble des machines a été soigneusement emballé mais n’a jamais été sorti de l’atelier.

Un vrai travail

L’ensemble des travailleurs d’Argentine se trouve face à une énorme contradiction : dans le pays qui fût nommé le « grenier du monde », les plans économiques dictés par le FMI et la Banque Mondiale sont la cause de la situation d’indigence dans laquelle se trouve 65% des 36 millions d’habitants (vivant avec moins d’un dollar et demi par jour), avec une alimentation au-dessous des besoins minimums, alors qu’en même temps d’après une enquête réalisée par l’université, le pays est en condition de produire annuellement une alimentation suffisante pour 380 millions de personnes.

Le 30 janvier 2003, le Pôle Ouvrier, aux côtés d’anciens ouvrier de Sasetru, des voisins et des sans emploi, ont occupé l’ex-fabrique de pâtes Sasetru. Quatre cents personnes se sont mobilisées pour réclamer un « vrai travail » au lieu des plans sociaux de 45 dollars par mois.

Le chef de sécurité de MoliSur les a accusé de retarder par cette occupation la mise en marche de la fabrique de pâtes. Mais il est évident que, ni le gouvernement ni les entrepreneurs n’avaient pensé exploité (ou réexploité) cet outil de travail : le chômage fait partie de la politique de l’Etat imposée par l’establishment qui opère dans ce pays.

Le juge Eduardo Tubío, qui instruisait la cause pénale pour cette occupation, a conseillé aux travailleurs de tenter de résoudre le conflit politiquement, auprès des législatures municipale et provinciale. Durant presque deux mois, depuis le début de l’occupation, 150 personnes ont travaillé jour et nuit pour mettre en condition le nid à rats qu’était devenue cet espace industriel ; une rénovation technique a été réalisée par des ingénieurs , des spécialistes et des techniciens -y compris par d’anciens employés de Sasetru qui avaient participé au montage original de la chaîne -, qui avaient indiqué que la majorité des machines (presses, séchoirs, silos et autre machinerie pour la préparation et l’emmagasinage de farines), ainsi que les installations électriques, se trouvaient dans des conditions acceptables : elles ne nécessitaient qu’une simple remise en condition qui pourrait s’effectuer avec un léger investissement.

L’exception était la chaudière chargée de la production et de la distribution de l’énergie dans le local, extrêmement détériorée et qu’il fallait remplacer.
On a commencé a élaborer des cours et à désigner les enseignants qui auraient en charge la formation des travailleurs aspirant à intégrer l’usine, pour les familiariser avec le processus de production et les entraîner aux fonctions qu’ils auraient à remplir.
Dans les soixante jours (mai/juin), selon le plan de réouverture, la première des trois lignes de l’usine - pâtes courtes, longues, et nids - serait en condition de produire (avec un investissement de 34 000 dollars).

L’objectif principal était de faire fonctionner la ligne de pâtes courtes, et d’habiliter progressivement, dans un temps relativement court, les lignes restantes jusqu’au fonctionnement total de la fabrique. Réalisée de façon prudente, en tenant compte des inconvénients inhérents à la remise en condition et au recyclage d’un atelier de production inusitée durant si longtemps, l’estimation initiale prévoyait la production de 5 tonnes par jour de pâtes alimentaires sèches.

Machines de pâtes courtes :Production estimée : 12 000 kg
Machines de pâtes longues : Production estimée :15 000 kg.
Machines de pâtes nids : Production estimée : 20 000 kg.

Les machines tournant à plein donneraient du travail à 300 personnes, et indirectement à 2500, par l’effet que provoquerait l’ouverture de l’usine dans les activités commerciales, industrielles et de services. La production serait orientée vers le ravitaillement alimentaire de cantines scolaires et populaires.

Mais le 25 mars 2003, une violente intervention policière ordonnée par le juge Tubío a provoqué des blessés et des arrestations, a délogé les occupants du local après 12 heures de résistance de la part des travailleurs.

Dans un temps record, ce même jour, la lutte ouvrière a imposé aux législateurs municipaux le vote de l’expropriation des machines et des outils en faveur de la Coopérative Sasetru Gestion Ouvrière, accompagnée d’une recommandation d’expropriation de l’immeuble. Mais le juge Tubío a volontairement ignoré la décision du pouvoir législatif municipal, et ne tenant aucun compte de l’ordonnance votée, a maintenu l’ordonnance d’expulsion.

Pour la récupération de Sasetru Gestion Ouvrière

Les travailleurs de la coopérative ont continué les gardes à l’extérieur de l’usine pendant cinq mois, en plein hiver, pour éviter le vol des machines. Lors d’une des assemblées de travailleurs engagés dans la coopérative, un plan de lutte pour la récupération de cette source de travail a été voté : exiger auprès de la législature provinciale l’expropriation de l’immeuble et des machines en faveur de la coopérative Sasetru Gestion Ouvrière, et faire appel à des déclarations et pétitions nationales et internationales en faveur de la réouverture de l’usine sous gestion des travailleurs.

Le 28 août, les travailleurs de la Coopérative ont réintégré les lieux

Après cinq mois de lutte et de mobilisations incessantes, et aussi grâce aux milliers de travailleurs qui se sont prononcés dans le pays et depuis l’extérieur pour la réouverture, la sanction définitive de la loi d’expropriation, approuvée par la législature de Buenos Aires, a été obtenue, et le 28 août, les travailleurs ont réintégrés la fabrique.
Sa remise en fonctionnement représente aujourd’hui un énorme défi. Cette nouvelle étape requiert une mobilisation encore plus forte que celle qui a eu lieu jusqu’alors.

De même que dans les autres usines récupérées d’Argentine, Sasetru Gestion Ouvrière butte contre le manque de moyens. La commission technique considère qu’il faudrait environ 60 000 dollars pour mettre l’usine en marche, bien que le calcul soit une estimation face au manque d’évaluation exacte des pertes et dégâts causés par l’action délictueuse de ses anciens patrons (appartenant au groupe Perez Companc, actionnaire principal de Molinos Río de la Plata), qui pendant l’occupation policière ont retiré des pièces vitales des machines. Cette corporation a préféré démanteler l’atelier qu’il laissait à l’abandon et vendre le matériel comme on vendrait de la ferraille, avant que les travailleurs ne l’utilisent de façon productive : une illustration parfaite de la classe sociale qui a gouverné le pays et s’est rendue responsable du pillage et de la banqueroute qu’il subit.

Inutile de signaler que cet acte de sabotage perpétré par le patronat retarde les plans visant à l’ouverture prochaine de la fabrique, qui était initialement prévue pour la fin juin.

La Coopérative Sasetru a entamé la gestion du financement. Des réunions ont été décidées avec les représentants du Gouvernement National et avec le Ministre de la Production de la province. Dans ce processus, il existe de grands obstacles à dépasser ; en effet les aides aux usines sous gestion ouvrières se distribuent au compte-gouttes - et sont souvent inexistantes - ; aucun subside n’est octroyé, et dans le peu de cas où des crédits sont accordés, c’est au prix d’un long calvaire préalable. Le sort des 7 millions de pesos fixés dans le budget des provinces pour les usines récupérées reste un mystère. Et malgré les promesses, aucun moyen n’est destiné aux usines récupérées de la ville de Buenos Aires.

Malgré cela, les travailleurs de Sasetru Gestion Ouvrière ont décidé de mener une lutte stratégique jusqu’au bout, pour obtenir le financement public de la fabrique, sous leur propre gestion. Cependant, le projet de la mettre en marche le plus tôt possible requiert de trouver dès à présent les fonds nécessaires, c’est pourquoi l’appel est lancé à la solidarité de la classe ouvrière, dans le pays comme à l’extérieur.

Ensemble nous pouvons remettre en marche Sasetru

Les travailleurs de la Coopérative Sasetru Gestion Ouvrière veulent à nouveau surmonter les difficultés et montrer que les ouvriers peuvent faire produire les usines de ce pays ; ils vous appellent donc à atteindre avec eux l’objectif de faire fonctionner l’usine le plus tôt possible. Il faudra développer pour cela une large campagne pour trouver les apports et former des réseaux de soutien dans les syndicats, les coopératives, les usines, les universités et les quartiers.

Les besoins sont concrets, et les aides doivent se concentrer sur des points précis, comme par exemple, les besoins en pièces de machines, l’achat et la pose d’une nouvelle chaudière, ou l’installation du circuit de gaz nécessaire pour le fonctionnement des machines.
Nous souhaitons aussi établir des contacts avec des Organisations Non Gouvernementales de l’intérieur ou de l’extérieur du pays, pour solliciter leur collaboration au financement du projet de mise en marche de Sasetru.