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Méthode K : des matraques gainées de velours et plus de plans sociaux pour les « durs »

dimanche 30 novembre 2003

Le péronisme de Buenos Aires, fief de Duhalde se plaint de la concurrence clientèliste qui leur est faite avec les alliés piqueteros de Kirchner. On voit ainsi un conflit entre secteurs péronistes, Kircher et Duhalde, qui utilisent toujours les mêmes tactiques : se concilier à coup de corruption des leaders du mouvement ouvrier, maintenant du mouvement piquetero. Duhalde s’appuye sur les syndicats péronistes et Kirchner essaye de monter une force noyautant et verrouillant le mouvement social avec ses piqueteros alliés, comme d’Elia.

Kirchner déclare souvent qu’à l’égard des piqueteros, il applique une politique « sans répression, ni plans sociaux. La Nacion du 30 novembre fait même état d’une réplique ferme de Kirchner à la demande de Duhalde de changer de politique et de durcir son attitude à l’égard des piqueteros. « Je ne suis pas arrivé à la présidence pour réprimer. Celui qui pense que je suis prêt à le faire se trompe. »

La tactique de Kirchner se précise : isoler le mouvement piquetero « dur » en utilisant ses alliés, d’Elia et Alderete qui n’hésitent pas à accuser les autres piqueteros de corrompus, financés par Duhalde pour organiser la confusion (comme De la Rua avait accusé Duhalde et les péronistes d’avoir organisé les émeutes de décembre 2001) pour dénigrer les leaders piqueteros et monter l’opinion publique contre eux. Par ailleurs, Kirchner veut s’attirer la sympathie de la base en encourageant certaines formes de coopératives et des emplois dans des créations d’activités individuelles (chômeurs : créez votre entreprise).

Les coopératives soutenues sont celles qui acceptent d’assumer une partie des dettes des anciens patrons et de se plier à toutes les règles de la concurrence et pas celles qui revendiquent le contrôle ouvrier dans une structure soutenue par l’état. Kirchner fait tout pour exclure les secteurs piqueteros « durs » des nouvelles coopératives, comme le montrent les incidents autour de Sasetru avec le polo obrero en novembre 2003.
Kirchner veut stopper les plans sociaux ou mieux les contrôler en imposant ses conditions, les soumettre à du travail collectif. Tout un discours de retour aux valeurs « travail » est en train d’être diffusé par le gouvernement.

Pendant que cette lutte interne au péronisme fait rage pour contrôler le mouvement social à son profit, la répression et la criminalisation des luttes est en marche. De fait, à Neuquen, les forces de police ont tiré à balles réelles contre les chômeurs, 5 ont été grièvement blessés le 28 novembre. Dans le Nord à General Mosconi, dans la province de Salta, la répression s’accentue lors des manifestations. Des opérations de police se multiplient avec des ratissages dans les villas miserias, les bidonvilles de la province de Buenos Aires.

Encore une phrase relevée dans la Nacion « Le risque n’est pas dans ces masses silencieuses, composés de personnes qui se déplacent comme des zombis, en marchant comme des automates sans orientation, sinon dans les militants qui sont masqués et armés de frondes. Ils sont surs d’eux et autoritaires face aux souffrances de la société."

Kirchner a été élu par 22 % des argentins, il accepte de gouverner pour les 50 % qui sont au dessus du seuil de pauvreté, mais les autres doivent rester des masses silencieuses qui acceptent des taches d’occupation en échange d’une aumône de survie. La classe moyenne pouvait occuper les rues pour défendre son épargne et faire des cacerolazos tous les jours, mais maintenant la fête est finie, un nouveau modèle économique permet aux secteurs tirés par les exportations de redémarrer, alors circulez, il n’y a rien à voir et surtout, éliminez ceux qui n’ont pas compris, qui continuent, eux, à lutter pour sortir de la misère.

Kirchner continue à refuser d’assumer la répression violente, il a toujours sa main de velours, mais elle ne fait plus que recouvrir les matraques qui sont déjà sorties.

La ligne politique et la méthode K commencent à se définir et les différentes organisations et forces du mouvement social doivent se déterminer par rapport à ces paramètres. CALPA continuera à faire son travail d’information, de dénonciation des répression sauvages et de solidarité avec ceux qui luttent pour prendre en main leur destin en Argentine.