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Des militaires argentins défenseurs de la démocratie

mercredi 24 décembre 2003

1. La crise profonde que traversent les forces armées argentines doit être dépassée par une immédiate restauration des valeurs éthiques - morales qui ont caractérisé historiquement ses membres.

2 La situation actuelle des forces armées argentines est le produit de la déviation historique qui les a conduit dans des occasions répétées à accomplir des missions qui usurpaient les pouvoirs constitutionnels en cherchant à imposer des projets politiques contre la volonté du peuple.

3 La violence politique ne doit pas être combattue militairement, sinon politiquement dans le cadre de l’état de droit, en prenant en compte que : les évidentes intentions de ceux qui militarisent ces conflits portent atteinte à l’histoire avérée de paix du peuple argentin.

4 Les institutions armées doivent comprendre la nécessité de pousser l’application de la justice, en accord avec la nature des délits commis et les spécificités de la loi.

5 Les forces armées doivent impérativement développer des actions tendant à récupérer la confiance et le respect du peuple, dont ils se nourrissent et qu’ils doivent suivre.

6 La démocratie, malgré ses imperfections naturelles, constitue le système idoine pour que les forces armées trouvent l’insertion qui leur correspond dans l’Etat et la Communauté.

Texte de l’intervention du colone Jose luis Garcia au Forum SOcial Européen le 14 novembre 2003 à Paris

le Colonel Garcia fait partie du CEMIDA

Les USA ont eu beaucoup de mal à définir leur position dans la nouvelle situation stratégique créée par la disparition de la menace du pouvoir militaire soviétique. Pendant la décade 90, on aurait pu croire que le triomphe de la "révolution libérale" allait se consolider, Francis Fukuyama a énoncé la fin des idéologies que ce triomphe allait instauré.
Ce nouveol ordre créé apparaissait comme l’épilogue de l’évolution idéologique de l’homme et le sommet de son développement social.

L’expansion de la nouvelle forme de capitalisme et des marchés apparaissait comme un monde potentiellement réalisable. Mais ce processus a contraint à une réorganisation de la production qui a exclu 30 % de la population active. Sa conséquence a été la précarité du travail qui a généralisé la peur de l’exclusion par désinsertion sociale. Le nouvel ordre mondial a installé au centre de la vie sociale le marché qui dicte : "l’autre n’est pas mon semblable mais un rival qui doit être exlu ou détruit." Les conflits entre les corporations se sont propagés aux individus, produisant un frein à leur solidarité.

L’épitaphe a été donné par Vargas Llosa : "la globalisation est infallible et inéluctable comme la loi de la gravité".

La sécurité de l’empire se base désormais sur trois lignes d’action qu’il veut imposer mondialement :

1) les démocraties (bien sûr représentatives)

2) le capitalisme financier en remplacement de l’économie productive qui implique : a) passer d’un modèle d’accumulation par industrialisation à un autre modèle d’accumulation par spéculation financière
b) remplacer la prise de bénéfices, qui était productive pendant le développement de biens et services par la rentabilité financière dont l’objectif a été la circulation abondante d’argent, c) transformer les entreprises qui avaient une valeur sociale, en affaires financières, d) changer le sens de la rentabilité qui était réinvestie à long terme, en mouvements rapides de capitaux spéculatifs, e) rompre le pacte social en vigueur qui reconnaissait les droits sociaux : santé, éducation, salaire et pouvoir d’achat, en déclarant que ces droits étaient seulement des coûts à réduire et f) passer d’une incitation à consommer à une concentration des revenus à des secteurs réduits qui sont capables d’épargner et d’alimenter les spéculations financières, par le biais d’une polarisation sociale qui exigera une augmentationd e al répression pour imposer ce modèle.

3) Enfin, il faudra constituer une vaste association militaire avec les pays amis, pour prévenir offensivement les possibles conflits armés qui pourraient être créés par d’inutiles tentatives de résistances au nouveau modèle.
Certains ont pensé et cela semblait se réaliser qu’aussi bien le nouveau capitalisme que les institutions politiques libérales se répandraient sans problème en écrasant les faibles résistances que pourraient opposer le nationalisme ou le socialisme.
Mais au fond de cet activisme se dissimulait un aveuglement complaisant qui refusait de voir les immenses espaces d’anarchie et d’échec générées par ce modèle. De toutes parts, sont apparues les problèmes créés par l’explosion démographique, les désastres écologiques, les luttes d’énormes communautés pour la survie, la montée de la criminalité et la réalité de régimes pseudo démocratiques dominés par la corruption.
Les attaques contre le World Trade Center et le Pentagone se sont produites à l’intérieur de ce panorama. La raison et la nécessité auraient du conduire à une réflexion sereine sur la conduite de l’empire et une recherche approfondie sur ce qui motivaient les communautés qui luttaient contre l’imposition de ce modèle et qui étaient arrivées à la limite de la résistance et du sésespoir.

Au lieu de cela, Bush (fils) déclara que la question centrale de la politique mondiale serait celle du rétablissement de l’ordre, à tout prix, face aux forces du désordre. En synthèse : plus , beaucoup plus du même.
Cette nouvelle stratégie consolida la disparition des séparations entre les structures civiles et les missions militaires, les négociations diplomatiques et les interventions armées, et des limites entre la guerre et la paix.

Les organismes internationaux ne serviront plus, sauf quand ils appuieront les résolutions unilatérales de l’empire. Le nouveau conflit est caractérisé par le retour de la doctrine de la prééminence de l’intérêt national américain sur tout autre considération, et sa propre sécurité stratégique définira la ligne directrice de sa politique extérieure.
Cette ligne s’appliquera aussi à la défense de ses intérêts en matières premières, comme le pétrole, et maintenant le contrôle de l’eau potable comme moyen de faciliter son développement technologique et sa domination mondiale, aussi bien dans le présent que dans le futur.

En synthèse, la nouvelle "stratégie pour la sécurité nationale des Etats Unis d’Amérique", affirme que ce pays ne permettra jamais que soit défiée son hégémonie militaire de la manière où c’est arrivé durant le conflit Est/Ouest.
Abandonnés tous les traités de non prolifération des armes nucléaires signés pendant la "guerre froide" et imposée la lutte contre la prolifération qui consiste en une politique active de démantèlement des arsenaux nucléaires des autres pays.

Elle déclare que la stratégie de limitation et de dissuasion qui fut l’axe de la politique extérieure américaine depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, est obsolète et qu’il n’y a pas moyen dans le monde actuel de "dissuader" ceux qui haissent les Etats Unis et ce qu’ils représentent.

La nouvelle doctrine affirme que si les Etats Unis essayeront toujours d’obtenir l’appui de la communauté internationale, ils n’hésiteront pas agir seuls, en exerçant ses droits de défense, avec des actions préventives contre les terroristes.
Ainsi s’est imposée la stratégie de la guerre préventive, et l’armée américaine se restructurera pour s’adapter aux besoins dé répondre rapidement à des menaces diversifiées.

La principale de ces "menaces" est l’action du terrorisme international. Il suffit de se demander si réellement le terrorisme existe comme principal énnemi de l’empire ou si ce sont seulement des actes terroristes. Le reconnaitre comme le grand ennemi est une erreur, implique une guerre sans fin où le géant s’arme jusqu’aux dents pour affronter une nuée de mouches. L’empire utilisera ses forces contre tous et contre personne. Le terrorisme international n’est pas un sujet et encore moins un projet de société. Même si la vitalité des empires exige des guerres périodiques, confondre statégie avec sorcellerie ne conduira nulle part. Les hommes libres observent, préoccupés de voir comment les Etats Unis revivent les temps des colonisateurs inbus de la supériorité de leur mission libératoire.

Les priorités militaires de l’empire à court et moyen terme tournent autour de la lutte contre le terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive, à long terme, l’objectif est de prévenir n’importe quel défi militaire qui provienne des pays émergents (Chine, Inde ou Russie).

Ils continueront avec leur "Guerre des étoiles", technologie militaire utile pour le développement d’un système de défense spatial antimissile pour sécuriser leur territoire et ceux de leurs alliés contre de possibles attaques de missiles ennemis.
La dissuasion stratégique se constituera en une triple capacité : offensive stratégique (nucléaire), défense stratégique (nucléaire) et l’augmentation des capacités opérationnelles conventionnelles.
Pour nous, cette nouvelle guerre, si on peut la nommer ainsi, a commencé par un affrontement USA- Islam, mais, elle ne tardera pas à se convertir en une rébellion d’importants secteurs du Tiers Monde contre la globalisation et la "Pax americana" que l’empire essaye d’imposer depuis la fin de la Guerre froide.
Seront ils des camps de recrutement de futurs terroristes ¿ Comment le prévenir ¿ La vieille hypothèse de la Guerre Orient contre Occident s’est déjà convertie en Nord-Sud et dans cette nouvelle hypothése, les missiles transcontinentaux et la guerre des galaxies sont obsolètes. Bush et ses accolytes n’ont pas compris que tout a changé.

Si ils voulaient réellement la pacification mondiale, ils auraient une seule route à suivre : celle de la justice sociale. Ils doivent transformer le modèle socioéconomique néolibéral globalisateur. Il n’est pas possible que les riches soient toujours moins nombreux mais que chacun d’eux soit de plus en plus riche, que les pauvres soient de plus en plus nombreux, et que chacun d’eux soit de plus en plus pauvre.
Dans presque tous les pays, la majorité de la population est pauvre, et, parmi ces pauvres, la majorité sont des enfants. Le modèle a exclu les deux tiers de la population mondiale. Dans le passé, les penseurs marxistes protestaient contre l’exploitation de l’homme par l’homme. Aujourd’hui, les prolétaires demandent qu’on les exploite pour qu’ils puissent survivre.
Comme on peut le voir, un panorama confus et sans solution. Il n’y a pas assez d’éléments rationnels pour identifier des sorties pronosticables. Les pays comme les nôtres devraient se maintenir à l’écart du conflit, avec neutralité et sans se laisser attirer par une escalade d’actions qui peuvent conduire à tous types de désastres.

Nous devrions refuser tout type de terrorisme, d’où qu’il vienne, et nous laisser guider par une seule idèe : "La fin ne justifie pas les moyens".