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La situation actuelle en Argentine

jeudi 1er avril 2004

La presse nationale et internationale, des observateurs divers, de nombreux porte-paroles de ce que l’on appelle la "classe moyenne", et même quelques dirigeants du mouvement piquetero mettent l’accent sur deux ou trois idées centrales dans leurs analyses de la situation en Argentine : la popularité du gouvernement de Kirchner, sa politique progressiste, ses conflits avec l’impérialisme, l’isolement des luttes populaires, ouvrières et en particulier des piqueteros.

Il ne s’agit pas de nier la réalité, mais encore faut-il l’analyser en profondeur et ne pas sombrer dans l’apologie intéressée ou dans une superficialité confortable et complice. Le gouvernement Kirchner est un gouvernement capitaliste qui s’efforce de contribuer à la consolidation d’un système d’exploitation sociale et nationale. Il se situe dans la continuité du gouvernement de Duhalde et de la dévaluation, avec 50 % de pauvreté, du travail au noir pour des salaires misérables, des retraites quasi inexistantes, des politiques de santé, d’éducation, et du logement dévastées...Mais, Kirchner doit prendre inévitablement en compte les conditions produites pas l’Argentinazo de décembre 2001. Menem et De La Rua ayant été conspués par le pays et la rébellion populaire, une réponse réactionnaire et répressive de la part de n’importe quel gouvernement est rendue très difficile. Kirchner doit avoir un discours de dignité nationale et de lutte contre le néolibéralisme.

Les négociations avec l’impérialisme.

Dans la bouche de Kirchner, de ses ministres et collaborateurs, ces mots n’impliquent absolument aucune idée de changement ou de satisfaction des revendications ouvrières ou populaires. Si on observe attentivement l’action du gouvernement, la première chose qu’il faut souligner est qu’absolument rien n’a été modifié dans les conditions structurelles de sous-développement et de la misère : salaires de famine, contrôle impérialiste du pays, privatisations, corruption, répression policière.

Les classes dominantes argentines et l’impérialisme mondial sont embarqués dans une crise et dans une tentative de redéfinition des position des uns et des autres afin d’essayer de sortir de cette crise. Telle est la signification de la dévaluation, de la mise en « défault » de la dette, et des négociations avec le FMI.

D’un côté le gouvernement a religieusement payé la dette contractée auprès des organismes financiers internationaux à hauteur de 6 milliards de dollars et a accepté de réserver un excédent budgétaire équivalent à 3% du PIB au paiement des intérêts de la dette. De l’autre, il affiche sa volonté de ne reconnaître que 25 % de la valeur nominale de plus de 80 milliards de dollars de dette publique en bons externes détenus principalement par des épargnants de la classe moyenne argentine et de pays étrangers. Cela signifie que Kirchner a la volonté d’assurer un arbitrage entre les différents secteurs de la bourgeoisie et de l’impérialisme, sur toile de fond de sous-développement et d’oppression nationale.
De fait, le gouvernement est en train d’adopter toutes les mesures qu’exigent le capitalisme international, le gouvernement des Etats- Unis et le FMI : augmentation des tarifs des services publics, formation du comité des banques pour restructurer la dette et excédent budgétaire. Cette politique négociée est favorisée par l’effet de la dévaluation sur l’exportation du soja et sur la croissance macro économique du pays.
Son résultat sera encore une fois l’aggravation du sous-développement du pays au de rendre possible une nouvelle étape de développement.

Ce nouvel arbitrage ne peut se faire sans une série de conflits et d’affrontements. Il produit les conditions d’une nouvelle explosion et d’une crise économique et sociale.

Les mobilisations et la population.

Le sentiment anti-impérialiste est dominant aujourd’hui dans la population argentine. Kirchner essaye de l’exploiter afin de structurer un nouveau cadre de contrôle politique et de répression, enrobé dans un langage démocratique et agrémenté de quelques mesures très limitées de jugement des responsables de la dictature de 1976.

Les conflits avec l’impérialisme sont inévitables et sont amenés à prendre des proportions toujours plus fortes en Amérique Latine. L’évolution de la situation en Bolivie et au Brésil est là pour le démontrer. Les illusions d’une issue pacifique à ce conflit peuvent bien dominer les analyses des couches moyennes de la population. Elles ne correspondent pas à a la réalité. Quand le Président, les ministres, les hommes politiques progressistes tentent de nous convaincre de la réalité de cette possibilité, ils sont tout simplement en train de mentir tout en préparant une nouvelle capitulation.
C’est pour cette raison que les mobilisations des piqueteros contre la politique du gouvernement, la nouvelle loi de réforme du code du travail et l’exploitation impérialiste sont si déterminantes.

CALPA a appuyé ces différentes mobilisations et contribué à leur diffusion.

Le gouvernement veut isoler et étouffer ces luttes, précisément parce qu’il est en train de mener ses négociations avec l’impérialisme.
Maintenir, étendre, unifier les mobilisations sociales et politiques des secteurs soumis à l’exploitation et de l’ensemble de la population, constitue le mot d’ordre clé pour l’évolution du pays : cette affirmation est vraie en toute circonstance et dans la situation actuelle de l’Argentine, elle signifie :

INDEPENDANCE DU GOUVERNEMENT, MOBILISATION CONTRE LA POLITIQUE DU GOUVERNEMENT, DEFENSE DU MOUVEMENT PIQUETERO, CONTRE L’EXPLOITATION IMPERIALISTE, RUPTURE AVEC LE FMI, REFUS DE RECONNAITRE LA DETTE EXTERNE.

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