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Contre l’impérialisme français en Argentine

lundi 1er mars 2004

Les négociations autour d’Aguas Argentinas (entreprise privatisée au profit de Suez) et la position du gouvernement français dans les négociations actuelles avec le FMI sur la dette extérieure sont symptomatiques de la gestion des intérêts français en Argentine.
Les organisations démocratiques et ouvrières françaises doivent se prononcer et se mobiliser contre la politique du gouvernement français en Argentine et son interventionnisme impérialiste, contre le rôle des entreprises multinationales comme Suez et contre la participation frauduleuse des entreprises publiques (EDF, France Telecom, etc.) au processus de privatisations des services publics argentins.

Les organisations démocratiques et ouvrières françaises doivent se prononcer et se mobiliser contre la politique du gouvernement français en Argentine et son interventionnisme impérialiste, contre le rôle des entreprises multinationales comme Suez et contre la participation frauduleuse des entreprises publiques (EDF, France Telecom, etc.) au processus de privatisations des services publics argentins.

Le gouvernement de Kirchner et les forces impérialistes essaient de renégocier le contrat caricatural de Aguas Argentinas. Ce contrat a permis à Suez de faire des bénéfices exorbitants, alors que le service se dégradait et excluait les populations pauvres et ouvrières. L’eau argentine entre les mains de la Lyonnaise des Eaux

Et pourtant l’Etat argentin avait ratifié les règles de cette privatisation. Il veut maintenant en changer les modalités, et les bénéficiaires : réduire le poids du capital français, renforcer celui du capital espagnol, et éventuellement introduire le capital nord-américain. Au final, il s’agit bien d’élargir les bénéfices des affairistes nationaux.

Suez et le ministre De Vido -le grand nationaliste du cabinet ministériel- sont d’accord sur de nouvelles modalités de fonctionnement de la concession : « Suez ne voit pas d’inconvénient à se limiter à la gestion du service, avec le maintien des réseaux et l’exécution des travaux pour étendre le service. Et surtout, si les coûts sont largement « compensés » un peu par l’augmentation des tarifs et pour le reste par la dette publique » (Página 12, 26 février). Ces modalités sont appliquées par Suez dans de nombreuses municipalités françaises, y compris celles de gauche. Quand Kirchner vocifère contre Aguas Argentinas dans des réunions publiques, comme à La Matanza, il prépare en fait une nouvelle bonne affaire pour le grand capital. Il a déjà acquis beaucoup d’expérience en la matière, à Santa Cruz avec Repsol.

Une question difficile est celle de l’arbitrage sur l’indemnisation de 1 milliard 700 millions de dollars, que Suez réclame comme « dividende distribué » et que le gouvernement argentin ne peut réunir d’un coup de baguette magique. Le groupe français a entamé un procès devant le CIADI, tribunal d’arbitrage, créé à l’initiative de la Banque Mondiale et contrôlé par les grands groupes financiers dont le siège se trouve à Genève. Le « jugement » de ce tribunal déclare impossible à définir le montant exact de l’indemnisation que devrait payer l’Argentine.

Les votes aux Fond Monétaire International

Les frictions entre le gouvernement français, les groupes français qui contrôlent les entreprises privatisées, et le gouvernement argentin, se retrouvent au FMI. Jusqu’à aujourd’hui, le représentant français a systématiquement voté avec celui des Etats-Unis, pour le renouvellement des accords avec l’Argentine. Lors du dernier vote, en décembre, l’Italie, l’Angleterre et le Japon se sont abstenus. Les alliances européennes avec les Etats-Unis dans les votes sur l’Argentine sont à l’inverse de celles concernant la guerre en Irak.

L’impérialisme français court le risque de perdre sur les deux tableaux. C’est pourquoi il a accentué ses pressions en Argentine, et l’ambassadeur de France intervient tous les jours à Buenos Aires. La semaine dernière il a été question du conflit entre Carrefour et la bureaucratie de Moyano.

Quelques spécialistes argentins ont fait courir à Paris, en particulier, lors de la visite de Nestor et Cristina Kirchner, l’idée que le gouvernement de Chirac et le capitalisme français, et européen en général, seraient une alternative « démocratique » contre les pressions des Etats-Unis, et qu’il fallait donc rechercher tous les accords possibles. A cet effet Villepin a déjà fait une visite officielle à Buenos Aires et il doit y retourner fin mars.

Les faits eux-mêmes nous apprennent qu’en réalité « les français » sont le fer de lance des positions réactionnaires et leur grande préoccupation reste de sauvegarder leurs positions usuraires. Ils ont favorisé l’intervention du G7 pour le paiement de la dette extérieure et n’ont négligé aucun moyen de pression pour sauver leurs affaires. S’ils ne proposent pas l’intervention militaire c’est seulement parce qu’il ne s’agit pas de l’Afrique…

Dans les jours et les semaines à venir se définira le nouveau contrat de Aguas Argentinas dans le cadre d’un affrontement aigu entre les différents secteurs du capital, avec un objectif commun : l’exploitation sociale et le retard du développement national.

Non à l’intervention et à l’impérialisme français en Argentine ! Pour la nationalisation sans indemnisation de toutes les entreprises privatisées : Aguas Argentinas, Edenor, Telecom… ! Pour la gestion démocratique des services publics ! Pour la non reconnaissance de la dette extérieure !

Il faut défendre ces revendications à Paris et à Buenos Aires.

C’est la position de CALPA, qui appelle les organisations ouvrières et démocratiques françaises à une grande campagne sur ces questions.