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Les USA, la dette illégitime,
l’ALCA et les militaires

mardi 7 mai 2002

Le Gouvernement des Etats-Unis fait le forcing depuis 1994 pour imposer à 34 pays du continent américain, regroupant 800 millions de personnes entre l’Alaska et le Cap Horn : l’adhésion à l’ALCA (Area de Libre Comercio de las Américas), un traité économique définissant les règles d’échange entre les pays membres et de gouvernement dans chacun d’eux. Les Etats-Unis voulaient que le traité entre en application le 1er Janvier 2003. Les résistances manifestées par les gouvernements du Brésil et du Venezuela ont repoussé le calendrier à début 2005.

Les négociations entre chacun des pays et le gouvernement des Etats-Unis sont secrètes, il n’est pas question de laisser choisir démocratiquement les peuples concernés par ce traité très contraignant pour la définition de l’avenir politique et économique de ces 34 pays. Les Etats-Unis aidés par le FMI profitent de l’existence de la dette (souvent illégitime entretenu par des gouvernements amis des USA et organisant la fuite des capitaux au bénéfice de quelques intérêts nationaux et des multinationales) des pays latino américains pour faire pression et en échange de rallonges de prêts pour payer les "intérêts" de la dette, de faire signer l’ALCA, cette carte blanche permettant aux Etats-unis de piller les richesses de ces pays et de maintenir les populations en esclavage économique.

Ce traité basé sur le principe inique d’exemption des Etats-unis de toutes les obligations imposées aux autres pays comme la libre circulation des marchandises et des travailleurs entre tous les pays. Les gouvernements de tous les pays sauf les Etats-unis ne pourront plus favoriser les entreprises nationales dans les contrats publics.

Les autres clauses prévues sont :

- Créer des tribunaux commerciaux dépendant de l’ALCA et non des gouvernements locaux qui permettront aux entreprises multinationales de faire des procès aux gouvernements qui prendraient des mesures allant à l’encontre de leurs intérêts économiques. Seuls les Etats-unis garderont le droit de subventionner certains secteurs comme l’Agriculture.
- Etendre les droits des brevets sur la biodiversité et les spécialités traditionnelles pour que les multinationales puissent exploiter tous ces secteurs économiques, imposer les cultures transgéniques qui accroissent la dépendance à l’égard des multinationales.
- Ouvrir à la concurrence et privatiser tous les services publics qui existent encore.
- Imposer le dollar comme monnaie unique dans tous les pays signataires de l’ALCA avec la banque centrale des Etats-unis pour diriger la politique monétaire de tous ces pays.

Certaines mesures ont été anticipées sous la pression des crises traversées par ces pays comme la dollarisation imposée par la force en Equateur contre la volonté de la population qui voulait maintenir sa monnaie locale ou en Argentine avec 10 ans de parité 1 pour 1 entre le peso et le dollar.

Face à l’ALCA, une rencontre interaméricaine des peuples du continent en novembre 2001 a suscité la création d’une alliance sociale Locale proposant :
- une autre politique continentale qui ne sape pas la capacité des Etats nationaux de défendre les intérêts sociaux, culturels et économiques des habitants et de faire pièce, le cas échéant, aux intérêts des multinationales et aux visées de domination de tout pays étranger.
- une autre intégration qui, loin de miner, de paralyser ou d’éliminer les processus en cours en Amérique latine et dans les Caraïbes, les englobe et les stimule, au bénéfice des pays impliqués et de tous ceux du continent. Pour concrétiser une vraie intégration continentale, il faut absolument promouvoir une coopération internationale qui tienne compte de financement du développement par les nations les plus puissantes et qui permette d’équilibrer les possibilités des pays les plus appauvris de la région, conséquence d’une longue histoire de soumission coloniale et néo-coloniale et, surtout, de deux décennies de néo-libéralisme.
- que tout accord entre pays à développement différent inclut, entre autres conditions, la reconnaissance des inégalités et le traitement préférentiel sur les plans commercial, financier et technique, en vue de pouvoir équilibrer les niveaux de développement et d’impulser les programmes sociaux.
- un autre projet d’intégration qui pose, à ses fondements mêmes, l’annulation de la dette illégitime et impossible à payer que les différents gouvernements ont contracté ces dernières décennies, sans l’assentiment des peuples, bien souvent à des fins frauduleuses, dépensée dans des projets n’ayant pas entraîné le moindre avantage pour les citoyens, à plus forte raison quand cette dette n’a cessé de gonfler parce que les créanciers en ont haussé les taux d’intérêt d’une manière unilatérale.

Le FMI et le G7 (réunion des ministres de l’économie des 7 pays les plus riches de la planète, dont Laurent Fabius qui s’est aligné sur la position de ses collègues) réunis les 19 et 20 Avril 2002 ont refusé d’aider l’Argentine avec des nouveaux prêts. Ils ont renvoyé le pays à la recherche d’une solution politique à la crise : mais pour ces instances la seule ligne politique acceptable, c’est celle d’un gouvernement capable d’appliquer ses exigences : imposer aux provinces l’austérité budgétaire, rétablir la stabilité monétaire et réformer la loi des faillites et abroger la loi contre la subversion économique. (voir article sur les lois de faillite et de subversion).
La menace d’un gouvernement civico militaire reste présente, si le gouvernement d’Eduardo Duhalde sombre dans une crise plus profonde, pris entre les manifestations, piquetes (barrages populaires) et révoltes contre le système financier qui n’assume plus son rôle en confisquant les comptes bancaires et donc les salaires qui doivent êtres obligatoirement virés sur les comptes bancaires.
La tentative avortée au Venezuela de remplacer Chavez par un gouvernement avec les représentants du patronat soutenu par les militaires illustre la volonté des Etats-unis d’appliquer ce plan sur tout le continent.

Nous vous invitons à la vigilance et à la solidarité avec l’Argentine qui vit sous la menace permanente d’un désastre économique et social toujours plus grand.
Nous devons obtenir l’annulation de la dette pour que cesse ce chantage à l’ALCA et exiger que ces pays puissent choisir les alliances qui orienteront leurs destins.