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Importantes mobilisations contre le gouvernement et instabilité permanente dans le pays.

dimanche 8 août 2004

Les deux principales lignes de force qui traversent la situation politique argentine aujourd’hui sont :
-  la mobilisation politique et sociale contre le gouvernement
-  et la pression impérialiste via le FMI
qui générent une instabilité permanente dans la politique de Kirchner.

Mercredi 4 août, une journée de mobilisation contre la répression a été organisée, elle a réuni plusieurs dizaines de milliers de manifestants (40.000 selon les organisateurs, et 10.000 pour la police). Pendant ce temps, le Parlement National a approuvé la loi de responsabilité fiscale pour contrôler les dépenses publiques des provinces, en conformité avec la demande du Fond Monétaire International qui en faisait un préalable pour accepter la troisième révision de l’accord avec le gouvernement argentin. Cette révision sera négociée seulement en septembre avec le directeur du FMI.

La lutte du mouvement piquetero

La mobilisation piquetera s’est développée autour de quatre revendications centrales :
-  Non à la criminalisation des luttes sociales
-  Amnistie pour les étudiants jugés
-  Non au vote du code pénal « contraventionnel » renforçant la répression des exclus
-  Liberté pour les détenus politiques
Cette mobilisation a regroupé les principales organisations du mouvement : le bloc piquetero National (CPN), la CCC (corriente clasista y combativa), le Mouvement Indépendant des retraitées et chomeurs (MIJD), même si chaque entité fonctionne de manière autonome. Les parties de gauche, les fédérations étudiantes, les assemblées populaires ont également participé. Au même moment, le BPN a lancé une action dans la province de Santa Cruz, à Caleta Olivia pour réclamer du travail pour les chomeurs, avec l’occupation d’un terminal pétrolier, en s’affrontant avec le gouvernement de la province et le groupe pétrolier TERMAP. Le 6 aout, une manifestation de soutien à ce mouvement s’est tenue à Buenos Aires.

Derrière ces deux mobilisations, se développe un processus de fond. Le Gouvernement clame qu’il ne va réprimer les mouvements piqueteros, mais ce mensonge cache une autre réalité. Le Gouvernement de Kirchner a cherché à manipuler et controler les organisations piqueteras avec l’appareil d’état et surtout avec des dirigeants qui lui sont proches comme ceux de la CTA avec D’Elia et de Barrios de pie. Cette tentative a culminé avec le Congrès du Parque Norte qui devait lancer un supposé mouvement piquetero kirchnerista. C’est comme cela que D’Elia l’a proclamé et Jorge Ceballos se transformait en haut fonctionnaire du Ministère du Développement social. La tentative a échoué lamentablement et la situation a échappé des mains du gouvernement et de la CTA avec l’assassinat de Cisneros et l’occupation du Commissariat de la Boca. La bourgeoisie qui avait remercié Kirchner d’avoir évité un affrontement explosif, un an avant, l’a cette fois ci critiqué ouvertement sur son « aventurisme » qui ne donnait aucun résultat significatif et sur les occupations régulières des centres villes par les chômeurs. Tout cela dans un contexte où les revendications plus traditionnelles commencent à s’intégrer dans la mobilisation sociale.

De fait, le mouvement piquetero a réussi à faire échouer les manœuvres de Kirchner et à garder sa capacité de mobilisation et son indépendance grâce à un énorme effort politique et organisationnel.

Une des manifestations de ce processus est que les organisations piqueteras a intégré les revendications sur la forme de la démocratie et en particulier celles de l’affrontement contre la réforme du code pénal « contraventionnel » qu’essaye de faire passer le conseil municipal de la ville de Buenos Aires. L’objectif de cette loi étant de rendre impossible toutes manifestations dans la ville et de pouvoir réprimer tous les activistes, marginaux et exclus comme les cartoneros.

C’est faux que le gouvernement de Kirchner ne réprime pas. Ce que dit le Présicent, c’est qu’il ne veut pas confier la répression à la police « à la gachette facile ». Ce qui veut dire que pour réprimer, il veut avoir un front uni de toutes les tendances politiques de la bourgeoisie et pas une aventure des appareils répressifs. Après le Puente Pueyredon, il ne veut pas répéter cette même expérience. En Argentine, il y a plusieurs milliers de militants en jugement et maintenant 16 prisonniers politiques et le gouvernement de Kirchner pousse à ce que soit la justice qui organise et contrôle cette action, au lieu de l’assumer politiquement en direct. C’est la problématique actuelle et l’objectif visé.

La mobilisation piquetera contre l’approbation du code a eu comme réponse une nouvelle provocation policière, du même type que celle de décembre 2003 et s’est terminée par un soit disant affrontement devant les portes du conseil municipal. 16 manifestants on été arrêtés, ils sont en instance de jugement et ne peuvent pas être libérés. En Argentine et sous le gouvernement de Kirchner, il y a des prisonniers politiques.
L’échec du gouvernement a provoqué la première crise du cabinet et a coûté son poste au Ministre de la justice, Gustavo Beliz et au secrétaire d’état à la sécurité. Pour marquer le virage, le Président a nommé 2 membres durs du parti Justicialiste péroniste comme Ministre de la Justice et secrétaire d’état. Cela annonce la fin de l’aventure de la transversalité.

Le gouvernement s’oriente vers un exercice traditionnel du pouvoir politique mais sa difficulté est qu’il n’a pas réussi à recomposer ou restructurer les mécanismes institutionnels, sauf et très partiellement la cour suprême. L’habileté de Kirchner jusqu’à ce moment a été de’imposer une instabilité systématique, au milieu de laquelle, son mandat solitaire apparaissait comme l’unique alternative possible, malgré ses oscillations. Ce chapître se referme et d’une certaine façon dans les pires conditions parce que si bien la situation n’est pas aujourd’hui aussi explosive qu’il y a un an, le gouvernement n’a pas réussi à écraser ou controler le mouvement piquetero et en plus il doit s’appuyer sur des organisations aussi dégradées que la CGT, après l’aventure du Parque Norte.

Les accords avec l’impérialisme

L’impérialisme américain doit affronter une situation de plus en plus instable en Amérique Latine - Vénézuela, Bolivie, Pérou et a besoin d’afficher la stabilité du Brésil et de l’Argentine. Jusqu’à maintenant, Lula lui assure cette stabilité, mais pas Kirchner. Sur ce plan là aussi, le trait le plus caractéristique est l’instabilité et la capacité du gouvernement de faire des « coups à la petite semaine ».

La signature de la troisième révision de l’accord avec le FMI a été reportée au mois de septembre, pour donner le temps de trouver un accord avec les créanciers et sortir du « défaut de payement » et de passer de novueaux contrats avec les entreprises de services publics privatisées.

Si on observe les faits avec attention, on verra que le gouvernement ne parvient à régler aucun des dossiers ouverts avec la crise de 2001, alors que la situation permet un minimum de réaménagement. Il a été élu, précisément pour cela, pour arbitrer les coûts de la sortie de crise et il n’a réussi pour le moment qu’à éviter le désordre et les affrontements violents au risque de retarder l’engagement sur des solutions structurelles.
Le ministre de l’économie Lavagna a organisé un programme de payement de la dette acceptable pour l’impérialisme sans satisfaire les appétits les plus agressifs et les plus pressés. Mais en réalité, la dette est payée et le gouvernement se soumet à toutes les exigences du FMI. Le rythme et la manière ne sont pas des éléments secondaires dans une situation de crise et cela explique les volte faces permanents. Dans ce domaine là aussi, Kirchner veut gouverner dans l’instabilité pour apparaître comme l’unique recours et la méthode a ses limites.

La loi de responsabilité fiscale pour les provinces vient d’être votée et même la CTA s’est vue forcée à appeler à une mobilisation contre le gouvernement, alors qu’elle l’appuit en tant qu’aile progressiste. Cette nouvelle loi condamnera de nouveau les provinces à supporter le payement de la dette et à limiter toutes velléités en matière de dépenses alors que le FMI réclame encore plus de fermeté contre les dérèglements. Comme on peut le voir, c’est l’alternative que propose le gouvernement : satisfaire l’impérialisme et essayer d’opposer un minimum de résistance pour éviter que se rallume la mèche de al rébellion.

Ce balancement continuera dans les mois prochains et la stabilité a peu de chances de s’installer en Argentine.