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Projet de transformation du centre de torture de l’Ecole de Mécanique de la Marine en lieu de mémoire et de débat

samedi 7 août 2004

"L’usage pédagogique" du lieu devra consister à dénoncer, à montrer du doigt, et à rendre possible qu’aujourd’hui comme demain, on sache que ce lieu a été une "école" destinée à former les responsables du génocide "qui ont appliqué les tortures systématiques et ont pillé le pays », une "école" pour discipliner et
soumettre notre peuple et ses organisations.

Nos propositions tiennent pour acquis le principe que la propriété et les bâtiments compris entre l’Avenue du Libertador, l’Avenue Comodoro Rivadia, l’Avenue Lugones, Santiago Calzadilla, La Cachila et le
prolongement de la rue Pico, auquel il convient d’ajouter ce qui correspond au terrain de sport de l’ESMA, situé de l’autre côté de l’Avenue Lugones, doivent être destinés au témoignage de ce que fut
l’exercice de la terreur d’Etat dont notre peuple a souffert pendant la dictature militaire instaurée le 24 mars 1976. Nous considérons qu’ils ne doivent en aucun cas avoir une autre destination ou utilisation que celle-là.
"L’usage pédagogique" du lieu devra consister à dénoncer, à montrer du doigt, et à rendre possible qu’aujourd’hui comme demain, on sache que ce lieu a été une "école" destinée à former les responsables du génocide "qui ont appliqué les tortures systématiques et ont pillé le pays », une "école" pour discipliner et
soumettre notre peuple et ses organisations. L’aspect pédagogique réside dans le fait qu’elle soit conservée comme la preuve palpable de l’action de l’Etat terroriste, qu’il constitue son explicitation comme
telle, sa stigmatisation comme telle. Que sa réalité concrète représente une dénonciation de ce que fut une "école de métiers", oui, du métier de torturer, d’humilier, d’exterminer. Nous considérons cela comme un apport à la construction d’une politique féconde de mémoire du peuple argentin.

En conséquence, voici les positions que nous défendons :

1. Le démantèlement de toutes les installations navales et civiles qui fonctionnaient sur la propriété et dans ses bâtiments, et l’expulsion de tous les marins et civils affectés à ces tâches.

2. Etant donné que l’ensemble de la propriété et de ses nombreux bâtiments ont été affecté au fonctionnement du centre clandestin de détention et de disparition de personnes , ils constituent des éléments de preuve dans le cadre des procès actuellement en cours ; on
doit donc prendre les mesures nécessaires à leur conservation en l’état pendant le laps de temps nécessaire.

3. L’ESMA ( dans son ensemble) doit être déclarée monument historique national et doit être gérée en tant que tel ; elle doit être également déclarée patrimoine historique de l’humanité.

4. Une décision similaire devra être prise à propos des centaines de centres clandestins de détention et de disparition qui fonctionnaient dans notre pays pendant la dictature ; il faut les déclarer lieux ou
monuments nationaux, et préserver ceux qui sont les plus significatifs, également en leur qualité de témoignages du terrorisme d’Etat, et dans l’immédiat, comme pièces à charge dans les procès juridiques en cours.

5. L’ESMA, de même que les autres ex-centres clandestins de détention qu’on aura identifiés, doivent rester dans le domaine public de l’Etat, s’agissant du patrimoine historique collectif du peuple argentin.

6. Sur le terrain de l’ESMA ne devra fonctionner que ce qui est directement destiné à la préservation et la connaissance du lieu comme témoignage du terrorisme d’Etat. A l’intérieur de l’ESMA ne doit fonctionner aucune autre institution publique - et a fortiori privée -, dans la mesure où nous considérons qu’aucun mouvement quotidien et régulier de personnels s’acquittant de ses fonctions bureaucratiques ou
de publics venant recourir à ces services, ne doit pouvoir avoir lieu.

De cette façon, cet espace serait progressivement vidé de son contenu, et pourrait donner lieu ultérieurement à l’installation de cantines, d’espaces verts de promenades ou de repos, etc..qui en transformerait
la signification.

Nous proposons :

1. Que la propriété et ses installations, conçues comme un Centre Clandestin de Détention, soient reconstruites à l’image de ce qu’ils étaient quand ils fonctionnaient en tant que camp de concentration :

que le Cercle des Officiers expose les modifications successives, le "pavillon Coy", etc..

2. Que les bâtiments et les différentes zones soient pourvues de panneaux, de notices, d’éléments qui expliquent quelle fonction remplissaient à l’intérieur du schéma répressif le Cercle des Officiers, les bureaux de l’édifice central, le terrain de sports, la
place des armes, etc.

3 Qu’on dessine des parcours et des circuits qui permettent que le lieu soit visité et connu tel qu’il était à cette époque, et qu’on reconnaisse quelle fonction remplissait chaque endroit et quels étaient
ceux qui intégraient les forces répressives qui agissaient dans chaque lieu.

4. Que ces parcours rendent également compte de ceux qui ont été séquestrés dans ces lieux et ont disparu, de leur résistance et de leur lutte ; que ressorte la dignité de nos camarades disparus, et celle de ceux qui ont survécu.

5. Qu’on lance et qu’on promeuve un débat social large sur la signification de la mémoire, la construction de la mémoire sociale, et à ce propos, sur les significations et destinations des lieux où ont
fonctionné des centres clandestins de détention et de disparition. On pourrait, par exemple, proposer une année de débats , ateliers, conférences et autres activités dans tout le pays, organisée et soutenue par le Secrétariat aux Droits de l’Homme de la Nation, des
provinces et des municipalités, par les organisations des Droits de l’Homme, les universités, les syndicats, les organisations de quartier, etc.