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Appel à la solidarité pour la mémoire des victimes de la dictature

vendredi 6 août 2004

Nous avons mis sur pied une Equipe d’Avocats constituée par un groupe important de professionnels, en majorité des représentants des organisations de défense des Droits de l’Homme, et par ailleurs des avocats indépendants, dont le labeur solitaire permet de mener à bien les procès.

Au nom de l’Association des Ex Détenus-Disparus ( AEDD ), du Comité d’Action Juridique ( CAJ ), du Centre de Professionnels pour les Droits de l’Homme ( CEPRODH ), de la Coordination contre la répression policière (CORREPI ), de la Ligue Argentine des Droits de l’Homme ( LADH ), du Mouvement Oecuménique pour les Droits Humains ( MEDH ) et de Liberpueblo, nous nous adressons à vous et à travers vous, aux organisations populaires françaises qui ont manifesté leur solidarité avec la lutte du peuple argentin - et à ce titre, avec les organisations de défense des Droits de l’Homme - dans son combat permanent pour la justice, dans le but d’exprimer notre reconnaissance pour votre soutien fraternel.

Cette solidarité nous a accompagné pendant les longues années au cours desquelles les gouvernements constitutionnels successifs nous ont refusé la possibilité de juger et de condamner les responsables des crimes contre l’humanité perpétrés pendant la dernière dictature militaire, à travers un plan aberrant d’impunité dont le point culminant furent les lois dites de Point Final et d’Obéissance due et les décrets d’amnistie, mesures qui ont offensé la conscience juridique de notre pays et du monde entier.

Les réclamations incessantes des organisations de défense des Droits de l’Homme, la mobilisation constante populaire, l’appui extérieur ( Espagne, France, Allemagne, Italie ) ont abouti à ce que le Congrès de la Nation déclare la nullité complète et irrémédiable des susdites mesures.

Après 28 années de lutte, nous nous trouvons à un tournant qui suscite l’espoir que justice soit enfin faite dans notre pays. Nous nous proposons de relever ce défi avec la même détermination avec laquelle
nous avons combattu l’impunité.

Dans ce but, nous avons tout de suite mis sur pied une Equipe d’Avocats constituée par un groupe important de professionnels, en majorité des représentants des organisations de défense des Droits de l’Homme qui
souscrivent à cette lettre, et par ailleurs des avocats indépendants, dont le labeur solitaire permet de mener à bien les procès. Notre idée est que l’Equipe d’Avocats se constitue en une sorte de partie civile populaire similaire à celle qui existe en Espagne, pour que les organisations populaires, aux côtés des victimes directes du génocide, soient représentées dans les procédures, et soient en mesure d’accuser l’ensemble et chacun des responsables pour l’ensemble et pour chacun des délits qu’ils ont commis.

L’Equipe d’Avocats réunit d’ores et déjà 14 hommes de loi et a commencé à produire d’importants éléments juridiques. Sous son parrainage, nous nous sommes associés, conjointement à la Ligue des Droits de l’Homme, au Mouvement Oecuménique pour les Droits Humains ( MEDH ), au Centre des Professionnels pour les Droits de l’Homme ( CEPRODH ), à LIBERPUEBLO, au Comité d’Action Juridique ( CAJ ) et à la Coordination contre la répression policière et institutionnelle (CORREPI ), aux deux instructions juridiques ouvertes à nouveau par la
Chambre Fédérale de la Capitale immédiatement après que le congrès ait annulé les lois d’impunité.

Dans la première , traitée au Tribunal n°12 par le juge Sergio Torres, on enquête sur les crimes commis dans l’Ecole de Mécanique de l’Armée ( ESMA ) et dans la seconde, qui est suivie au Tribunal n°3 par le juge Rodolfo Canicoba Corral, sur les délits perpétrés dans la juridiction du Premier Corps de l’Armée dans laquelle fonctionnaient plus de 67 centres de détention clandestine.

Il s’agit d’instructions d’une importance capitale, et cela pour deux motifs. D’un côté, elles concernent une quantité énorme de victimes et de répresseurs issus de toutes les forces militaires et de sécurité.
D’un autre côté, elles feront office " d’instructions exemplaires" qui fixeront des précédents juridico-politiques au niveau national étant donné qu’elles sont les premières à être ouvertes à la suite de l’annulation des lois d’impunité décidée par le Congrès de la Nation.

Nous nous engageons à assumer avec détermination et responsabilité cette tâche historique en nous efforçant de coordonner les différentes actions avec l’ensemble des organisations de défense des Droits de l’Homme, sociales, syndicales et politiques qui se sentent concernées par le défi d’en terminer avec l’impunité.

Dans ce but, il est indispensable que nous renforcions et soutenions le fonctionnement du groupe d’avocats en faisant en sorte que ses tâches soient menées avec les plus grandes rapidité, efficacité et solidité juridique, sachant que les obstacles mis par les avocats des répresseurs, toujours très bien payés et issus des grands cabinets juridiques bénéficiant de l’appui important de secteurs du pouvoir,
seront multiples.

Pour cette raison et étant donné la profonde crise sociale et économique qui frappe notre pays, nous avons une nouvelle fois recours à votre solidarité politique et matérielle. Nous avons besoin tant de la diffusion de notre action et de l’appui politique à notre cause à l’étranger que de fonds indispensables au travail des avocats qui ne
doit pas se voir interrompu par le manque d’éléments de base. Nous joignons à cette lettre une liste de nos besoins les plus urgents.

Nous connaissons votre engagement en faveur de la justice et c’est pour cela que nous vous demandons de nous aider à affronter le défi que nos 30000 détenus-disparus méritent que nous relevions et que le peuple
argentin réclame.

Reconnaissants et remplis d’espoir, nous vous embrassons fraternellement.

LISTE DES DEMANDES MINIMALES

Equipement :

2 ordinateurs PC
1 imprimante laser
1 lecteur-graveur de CD
1 scanner
1 fax
Moyens de fonctionnement :

Papier
Disques compacts
Toner
Matériel de papeterie
Photocopies *

Dépenses courantes :

Connexion internet
Téléphone
Taxes de justice, pouvoirs, papier timbré

* Les deux instructions mentionnées requièrent actuellement environ
8000 feuilles de papier.

Buenos Aires, le 24 mai 2004

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