Accueil > Analyses > Argentine : misère noire et crises de nerfs

Argentine : misère noire
et crises de nerfs

lundi 6 mai 2002

logoradio
"Ressources humaines", c’est le nom du jeu télé qui bat des records d’audience en Argentine. Pas seulement parce qu’il est programmé à 19 heures, juste avant le journal télévisé le plus regardé du pays, celui de Canal 13. Le gagnant ne remporte pas un voyage aux Seychelles, ou de l’argent, mais le bien le plus précieux actuellement en Argentine : un travail. Les postulants s’y bousculent. Plus de 400 par jour, mais seulement deux s’affrontent sur le plateau. Pour convaincre les téléspectateurs votants, les candidats y racontent leur misère.

Epargnes bloquées. Tout cela est d’un goût douteux mais révèle le degré de désespoir des Argentins, après cinq années de récession et cinq mois de paralysie de l’économie, depuis que les épargnes sont bloquées. Aujourd’hui, 15 millions d’Argentins, soit la moitié de la population, vivent à la limite ou en deçà du seuil de pauvreté. Si l’inflation annuelle atteint les 70 % (voir encadré), ils seront 20 millions en fin d’année. Depuis quatre mois, plus de 10 000 personnes par jour viennent gonfler la sinistre statistique. Pas seulement des nouveaux chômeurs, mais aussi des gens dont les salaires sont réduits, rognés par l’inflation. Aujourd’hui, la moitié des salariés gagnent moins de 400 pesos par mois (137 euros), alors que l’indice de pauvreté se situe désormais à 485 pesos mensuels (166 euros) pour une famille de 4 personnes. Parmi les plus pauvres, la désertion scolaire atteint jusqu’à 15 %. « Dans ma classe, témoigne Mariana, institutrice dans la banlieue sud de Buenos Aires, nous avons déjà relevé six cas de malnutrition, mais nous en suspectons bien plus. Certains gamins s’évanouissent de faim. » Chaque matin, à la porte du marché central de Buenos Aires, des centaines de personnes fouillent les poubelles, rattrapent les déchets des fruits et légumes. Dans les boutiques, les rayons des produits importés sont vides, et dans les pharmacies, beaucoup de médicaments ne sont plus en vente.

Suicides. Les manifestations continuent et les pillages ont repris dans le nord du pays. Le 19 avril dernier, à San Juan, Yenny, 36 ans, mère de trois enfants, s’est jetée du haut du ministère de l’Economie de la province. Elle gagnait 180 pesos et n’avait pas été payée depuis trois mois. Mercredi dernier, à San Isidro, une épargnante s’est arrosée d’alcool et s’est immolée devant la banque où elle n’avait pu retirer son argent. Le FMI, lui, continue de conditionner une aide à de nouvelles restrictions dans les budgets des provinces, qui pourraient provoquer la perte de 400 000 emplois supplémentaires.

Messages