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BOLIVIE : La longue marche de la rébellion populaire

jeudi 30 juin 2005

Les événements en Bolivie constituent un chapitre remarquable de la lutte de la classe ouvrière et des peuples opprimés contre le système capitaliste et l’oppression impérialiste. En tant que tels, ils méritent toute notre attention et le peuple bolivien a besoin aussi de toute notre solidarité.

Il y a des raisons plus précises encore pour faire cet effort. À travers sa longue histoire de combat et de vie politique révolutionnaire, (en 1946, 52, 67, 71) les boliviens ont gardé un lien direct avec le mouvement ouvrier et révolutionnaire international et avec le mouvement de lutte pour la IV ème Internationale. Les exploités de ce pays pauvre et en retard de développement ont été à l’avant-garde de ce mouvement.

La lutte actuelle en Bolivie met en oeuvre les méthodes et politiques de la révolution prolétarienne et de la lutte de masse : grèves, manifestations, occupations de rues, occupations de routes, utilisation de la dynamite, affrontements avec les forces de la répression, organisation en comités. On peut dire que la Bolivie est une référence pour nous tous parce qu’elle est marquée par l’intervention de masses et toutes les questions que cette intervention pose.

La domination impérialiste
Les affrontements en Bolivie se situent dans le cadre d’une instabilité croissante en Amérique Latine et d’une opposition chaque jour plus directe avec l’impérialisme de Bush. À la différence d’autres régions dans lesquelles l’impérialisme intervient directement, en Amérique Latine il est confronté à des luttes populaires : Équateur, Bolivie, Venezuela, Argentine, ….

Les gouvernements soi disant progressistes sont en train d’échouer dans leur tâche d’assurer la tranquillité et la stabilité de la domination bourgeoise et impérialiste. C’est le sens profond de ces événements.

Pour l’instant, l’impérialisme n’a pas pu obtenir de victoire décisive, comme dans les années 70, qui puisse clôturer cette période d’instabilité et de rébellion de masses. D’un autre coté, la révolution prolétarienne et le gouvernement ouvrier et populaire n’ont pas pu, renverser le régime bourgeois. Dans ce sens, on est dans une situation historique totalement instable et transitoire, qui va développer devant nous toutes ces facéties dans les prochains mois et les prochaines années.

La domination impérialiste et capitaliste dans cette période donne lieu à une exacerbation de toutes les formes d’exploitation. Les investissements impérialistes -y compris français- organisent la dégradation sociale et nationale. L’exploitation des matières premières se combine avec les formes de capital financier. Les grandes entreprises pétrolières mondiales exploitent la Bolivie et le pays croule en même temps sous le poids de la dette extérieure, avec un État en décomposition.

Les revendications populaires
Un fil conducteur est très important pour comprendre la Bolivie : la revendication de la « nationalisation du gaz... En réalité, on peut situer le début de la période actuelle au moment de la bataille d’eau de Cochabamba, en avril 2000. Le peuple occupe la ville, la grève s’installe, pour demander l’expulsion de l’entreprise étrangère qui gère le service d’eau privatisé. La puissance du mouvement oblige le gouvernement à reculer. Victoire politique et sociale des masses. Ils ont obtenu satisfaction dans leur revendication. Un autre chapitre tourne autour de la défense des paysans de la culture de la coca contre l’intervention des États-Unis et le gouvernement bolivien à Chapare. .

En octobre 2003, un vrai soulèvement populaire éclate contre le gouvernement de Sanchez de Lozada et sa gestion affairiste de l’exploitant du gaz, pour fournir les États-Unis. La défense du gaz est associée à la défense des conditions élémentaires de vie du peuple bolivien. C’est une revendication sociale, nationale, anti-impérialiste, démocratique. Elle provoque une lutte directe avec le pouvoir politique, un soulèvement populaire. Ce soulèvement fait fuir le Président et ouvre une longue période d’instabilité politique dans laquelle nous nous trouvons encore aujourd’hui. Le vice-président Carlos Mesa prend la présidence pour assurer une solution « institutionnelle ». Il promet un nouveau cadre légal pour l’exploitation du gaz.

Le point clé de cette « solution » est l’accord du MAS., le Mouvement au Socialisme de Evo Morales. Le dirigeant paysan de Chapare est devenu la principale figure politique du pays et le MAS est le grand parti gouvernemental de la gauche. Morales a l’appui de Kirchner, Lula, Castro et Chavez. Morales assure de sa loyauté le régime politique et accepte le nouveau cadre légal pour le gaz imposé par Mesa qui ne change rien sur le fond. Les entreprises privées peuvent continuer avec l’exploitation en payant théoriquement un impôt de 50 %. Elles gardent tout le contrôle.

La nouvelle crise éclate en mai et une nouvelle fois le Président doit quitter son poste, le Congrès finit par nommer le Président de la Cour Suprême Rodriguez Veltzé , qui assume la Présidence de la République, en assurant qu’il y aura des élections avant la fin de l’année. Morales assure une nouvelle fois la trêve.

Les questions de la nationalisation, de la régionalisation du pays et de la convocation d’une Assemblée Constituante restent en suspense. La Bolivie a un gouvernement de pacotille, qui résulte de la décision de l’impérialisme américain de renoncer pour le moment à un régime « fort », de l’intervention de Lula et Kirchner pour assurer la continuité bourgeoise et de la domination impérialiste et du choix de Morales de se soumettre a tous ses dictats. Les masses peuvent renverser les Présidents et empêcher la stabilité du régime dans la continuité de leurs luttes, mais n’arrivent pas à définir un programme politique propre, un gouvernement ouvrier et populaire, paysan et indigène.

L’exploitation du gaz a donné lieu à une aggravation des conditions de misère et saccage du pays. Tous les déséquilibres se sont aggravés et même l’unité nationale est en question. Avec l’appui impérialiste, la bourgeoisie « comprador » de Sauta Cruz demande l’autonomie pour profiter du gaz et pour constituer une enclave étatique de nature réactionnaire, militariste, dans le cœur de l’Amérique Latine

La longue lutte des masses boliviennes
Les masses boliviennes luttent contre la catastrophe sociale et politique, qui s’est aggravée les 10 dernières années avec la nouvelle place de ce pays comme producteur de pétrole et de gaz, et un rôle de puissance régionale.

Elles le font avec leur histoire et leur diversité sociale. Comprendre cette diversité est comprendre les formes du développement du capitalisme dans un pays en « développement ». Le prolétariat minier concentré n’existe plus et il faut souligner l’importance de El Alto. Cette ville populaire, cette « commune d’exploités » de presque 1 million d’habitants, est située dans les hauteurs de La Paz, avec une population pauvre, ouvrière, paysanne, indigène. C’est à El Alto que se sont constituées les formes les plus avancées d’organisations. C’est une combinaison d’organisations sociales et territoriales. La Centrale Ouvrière de El Alto a adopté le 13 une résolution dans laquelle elle manifeste sa décision de continuer la lutte pour la nationalisation et qualifie le MAS de parti « traître » et demande la fermeture du Congrès. Le Président Rodriguez a dû faire une visite a El Alto pour obtenir un arrêt des mobilisations.

La COB -Central Obrera Boliviana- est l’organisation nationale de la classe ouvrière de Bolivie, mais vidée d’une partie importante de sa substance. Les syndicats en lutte comme les enseignants manifestent en forme autonome. Mais la COB « représente » toujours une tradition. La centralisation des luttes ne passe pas par elle, mais on ne doit pas l’ignorer.

Les organisations paysannes et indigénistes ont toute leur importance. Elles ne sont pas un simple appendice des organisations urbaines. Les revendications démocratiques ont pris un nouvel essor en réaction a la dégradation nationale. Le mot d’ordre d’Assemblée Constituante doit structurer l’intervention politique de cette composante.

La difficulté est que ce mot d’ordre ne doit pas être utilisé pour empêcher et différer la lutte pour la nationalisation du gaz et la centralisation des organisations ouvrières et populaires. Cette centralisation permet de donner une expression concrète au « pouvoir des exploités » : pour un gouvernement des organisations, qui convoque une Assemblée Constituante.

La question du pouvoir
Bien sûr que la question du pouvoir est posée en Bolivie. Mais on doit la poser seulement en relation à l’évolution politique des masses et de ses formes d’organisation. La rébellion populaire est un chapitre de la révolution prolétarienne, mais la prise de pouvoir ne peut pas être décrétée.

Alain Woods le fait dans une forme caricaturale dans un long texte publié par La Riposte. Il proclame que « la classe ouvrière doit prendre le pouvoir » et peut écrire de longues pages sur octobre 1917 et les soviets. Il s’agit de protéger Evo Morales, c’est-à-dire le principal obstacle politique des exploités. Tout le reste n’a aucune importance, même le fait que Woods ignore comme d’habitude la place de l’Assemblée Constituante...

Pour l’instant le mouvement vers les Assemblées Populaires (forme politique développée en 1971) est très faible. Une réunion de « l’Assemblée Populaire originaire » a eu lieu à El Alto le 8 juin, sans lendemain. Cette forme d’organisation et d’expression politique va être reprise dans un prochain assaut ? Il n’y a pas de réponse évidente à cette question et encore moins à partir de Paris.

Manifester contre Total et empêcher la privatisation de Gaz de France, défendre l’expropriation des entreprises et la nationalisation du gaz et du pétrole ; discuter sur la Bolivie, diffuser et débattre les documents des organisations et militants, proposer des orientations. Voilà des taches concrètes liées à la Bolivie auxquelles nous essayons de contribuer...