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La politique Kirchner en septembre 2005

samedi 17 septembre 2005

Le gouvernement Kirchner essaye d’incarner le rempart conservateur à travers les vieux appareils politiques bourgeois, un mélange du Parti péroniste, les « caudillos » et petits chefs de provinces et municipalités, le centre-gauche, les intellectuels « progressistes » démoralisés, etc…

Comme dans l’ensemble des pays de l’Amérique Latine, la situation en Argentine est marquée par la crise des relations capitalistes, des relations entre le pays et l’impérialisme et par la mobilisation sociale et politique des masses contre la misère sociale et l’exploitation nationale, pour la hausse des salaires et l’amélioration des conditions de travail, pour la défense de la santé et de l’éducation.

Plus précisément, cette situation est toujours définie par les conséquences des journées révolutionnaires de l’« argentinazo » de décembre 2001 et par les modifications de fond que ces événements ont apporté à la lutte de classes. Dans ce contexte, le gouvernement Kirchner essaye d’incarner le rempart conservateur à travers les vieux appareils politiques bourgeois, un mélange du Parti péroniste, les « caudillos » et petits chefs de provinces et municipalités, le centre-gauche, les intellectuels « progressistes » démoralisés, etc… C’est une combinaison subtile d’intégration à l’appareil de l’État - des dirigeants des piqueteros de « Barrios de Pie » devenant fonctionnaires de la « politique sociale » du gouvernement - et de la répression. Dans le même temps, le gouvernement navigue entre l’ensemble des fractions du capital national et impérialiste, pour tenter de régler les effets de la crise à la faveur d’une situation favorable au niveau international - augmentation des prix des matières premières, taux d’intérêts bas, etc…

Il faut bien comprendre que le gouvernement Kirchner n’est pas un gouvernement de « lutte nationale » contre l’impérialisme et de combat contre la misère. Au contraire. Il s’agit de recomposer les conditions de la domination impérialiste et de l’exploitation capitaliste après l’ébranlement de 2001 sans prendre aucune mesure qui puisse affecter les intérêts des exploiteurs. La moyenne des salaires continue à être inférieure à ce qu’elle était en 2001, 50 % des salariés travaillent au noir, le chômage affecte directement un quart de la population, la misère - certes réduite statistiquement - est plus enracinée et structurelle. La dette extérieure a été renégociée ; l’Argentine est le meilleur payeur du Fonds Monétaire International. Les conditions des contrats des « privatisations » se renégocient. Le comportement de Kirchner n’est pas très différent des autres gouvernements « progressistes » de l’Amérique Latine : Brésil, Uruguay, Bolivie, Équateur…

Le mouvement des exploités et des masses est soumis à la démagogie, la cooptation, la répression et un recul est inévitable par rapport à 2001-2002. Néanmoins, la bourgeoisie et l’impérialisme n’ont pas réussi à le domestiquer et c’est le résultat du travail acharné des organisations politiques de la gauche opposées à Kirchner, du mouvement piquetero, de l’avant-garde syndicale et de classe, et des mobilisations ouvrières, du mouvement des étudiants, des « Asambleas Populares », de la lutte paysanne. Le CALPA continue son activité précisément parce que ces luttes sont la réalité de tous les jours en Argentine.

Dans les dernières semaines, les mobilisations populaires et les menaces répressives du gouvernement se sont multipliées (voir la Lettre à l’Ambassadeur de l’Argentine en France).
Nous appelons les militants et les organisations françaises politiques de gauche, les organisations syndicales et de luttes pour les Droits de l’Homme, à continuer à manifester leur solidarité et leur soutien aux luttes du peuple argentin et contre la répression.