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Non au rallye Dakar du 3 au 18 Janvier en Argentine et au Chili

lundi 1er décembre 2008

Les gouvernements argentins et chiliens organisent le Paris Dakar, en janvier 2009, sur les terres ancestrales des Mapuches qui se situent des deux cotés de la cordillère. Le parti mapuche Wallmapuwen a immédiatement réagit en déclarant “ la décision de ces deux gouvernements a été prise sans aucune concertation, ni la plus petite consultation des populations concernées et affectées par ce projet, ce qui constitue une grave violation de nos droits ».

Ce problème est la conséquence du rejet par la majorité des pays arabes et africains de l’organisation de ce rallye sur les territoires de ce continent, rejet associé à des menaces terroristes et qui ont amené les organisateurs a rechercher un autre terrain de jeu. Suite à de nombreuses négociations les organisateurs ont accepté que le rallye se réalise tout au long des 9000 kilomètres de la Patagonie, des Andes, et du désert d’Atacama, territoires peuplés par les aymaras, atacameños, likan antay et les mapuches.

Selon le parti mapuche, le Paris Dakar est « seulement un grand marché économique, réservé aux marques automobiles et aux magnats qui peuvent s’offrir le luxe de gaspiller des millions de dollars dans une « aventure » sur le territoire de divers peuples opprimés. Depuis son origine le Paris Dakar est une insulte des nantis contre les populations confrontées à de graves problèmes de misère. Nous ne pouvons accepter, qu’aujourd’hui notre territoire serve de place de jeux pour les magnats du premier monde et de support publicitaire pour les multinationales pétrolières et les grands fabricants de l’industrie automobile ».

Le Paris Dakar est réputé internationalement pour son haut niveau de danger, en trente sept ans de course en Afrique, il s’est soldé par 54 morts, parmi lesquels des enfants, des vieillards sans parler des terribles dommages occasionnés à l’environnement.

Le parti mapuche organise une campagne de « NON au Dakar 2009 », qui sera coordonnée avec les organisations mapuches d’argentine, et des organisations aymaras et likan antay.
Au Chili, les Mapuches remuent ciel et terres
Cantonnée dans de petites réserves, la communauté indigène bataille pour récupérer son territoire ancestral. Mais les industriels et l’Etat ne semblent pas prêts à lâcher ces millions d’hectares de pins et d’eucalyptus devenus très rentables.
par Angeline Montoya - Periodico Mapuche Azkintuwe http://azkintuwe.org/

Temucuicui, Araucanie, Chili. « Comment est-il possible que nous soyons prisonniers sur notre propre territoire ? », interpelle Jorge Huenchullan, le werken (porte-parole) de la communauté de Temucuicui, à 700 km au sud de Santiago. Ce petit village de 120 familles, situé sur la commune d’Ercilla, dans l’immense Patagonie chilienne qui s’étend au sud du fleuve Bio- Bio, est devenu l’emblème de la lutte des Mapuches (« gens de la terre », en langue mapudungun) pour leurs droits et leur autonomie. En effet, dix-sept de ses habitants, dont Jorge Huenchullan et ses quatre frères, doivent comparaître prochainement devant la justice. Ils sont accusés d’agressions, d’incendies ou de menaces.
Parmi eux, Jaime et Rodrigo se sont réfugiés dans la clandestinité. Des ordres d’arrestation ont été prononcés à leur encontre. A l’instar de nombreux villages, Temucuicui revendique un territoire ancestral, arraché aux Mapuches pendant la Conquête espagnole puis la « Pacification de l’Araucanie » au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle.

Cette période fut marquée par une occupation militaire sanglante, pendant laquelle les terres ont été distribuées à des colons chiliens ou étrangers, surtout allemands, suisses et français. Durant ces longues années, les Mapuches – qui représentent aujourd’hui 6 % à10 % de la population chilienne – ont été repoussés dans de minuscules réserves. La loi Indigène a établi en 1993 le principe du rachat de terres par l’Etat pour les rétrocéder aux Mapuches.

Depuis, quelque 500 000 hectares ont ainsi été restitués via la Corporation nationale de développement indigène (Conadi), qui gère le Fonds des terres. En 2002, le village de Temucuicui, dont la superficie se limitait à 250 hectares, a pu en récupérer 1 900 autres. Mais cette communauté en réclame 700 supplémentaires, propriété d’un agriculteur d’origine suisse, René Urban. « Toute ma famille est née ici. Coûte que coûte, nous allons les récupérer », martèle Jorge Huenchullan.

Affrontements avec la police

René Urban, de son côté, considère que les Mapuches sont des « déprédateurs qui n’ont aucune capacité intellectuelle ni volonté ». Il les accuse d’avoir mis le feu à sa maison, à ses champs et d’avoir dérobé son bétail à plusieurs reprises. Il a obtenu une protection policière, plantée à moins de 200 mètres de la maisonnette où Jorge Huenchullan habite avec son épouse et ses deux enfants.
Depuis le retour de la démocratie, la loi antiterroriste héritée de la dictature d’Augusto Pinochet a été appliquée une vingtaine de fois à l’encontre des Mapuches. En 2002, une quinzaine de dirigeants indigènes ont été condamnés à des peines très lourdes. La présidente socialiste Michelle Bachelet s’est depuis engagée à ne plus appliquer cette loi, mais les effets tardent à se faire sentir.

Patricia « Chepa » Troncoso, 40 ans, condamnée à dix ans de prison pour l’incendie dechamps appartenant à une entreprise forestière est toujours derrière les barreaux. Elle nie toute participation à cet acte et condamne l’utilisation de la violence, mais revendique la lutte pour l’autonomie des Mapuches. « On peut survivre à un coup de bâton, on peut survivre à l’incendie d’une maison, mais on ne peut pas survivre à la destruction de tout ce qui fait notre identité, clame-t-elle depuis la prison d’Angol, où elle a été transférée après une grève de la faim de 112 jours. Et c’est de toute façon une honte de comparer l’incendie d’une forêt de pins à un attentat terroriste »

Mais qu’est-ce qui motive cette politique de répression ? Le territoire revendiqué par les Mapuches recèle en fait d’innombrables ressources – hydriques et forestières notamment – que le gouvernement tient à exploiter. Au total, sur ce territoire poussent 2,5 millions d’hectares de pins ou d’eucalyptus, des espèces exotiques au Chili. Ces arbres à croissance rapide consomment énormément d’eau, provoquant l’assèchement des nappes phréatiques et des cours d’eau alentours.
Les autres productions agricoles, source principale de subsistance des Mapuches, en pâtissent terriblement. « Est-il normal qu’il faille acheminer de l’eau dans les communautés Mapuches avec des camions-citerne, alors que nous nous trouvons au coeur de l’une des régions les mieux irriguées du pays ? », s’interroge Patricia Troncoso. L’impact sur le sol est lui aussi considérable. Les monocultures accélèrent son érosion et son appauvrissement en éléments nutritifs.

La disparition des forêts autochtones est souvent irréversible : désormais, les machis (guérisseuses) ont de plus en plus de mal à trouver les herbes nécessaires aux remèdes utilisés dans la médecine mapuche. Sans parler de l’usage massif d’herbicides et de la pollution générée par les usines papetières de la région.
3 500 hectares inondés

« L’Etat veut l’insertion du Chili dans une économie globale et, pour cela, il utilise l’outil de l’exportation de ressources naturelles, analyse José Aylwin, codirecteur de l’Observatoire des droits des peuples indigènes, basé à Temuco, la capitale de l’Araucanie. Chaque fois que les Mapuches s’y sont opposés, l’Etat les a réprimés. Or ces investissements ne les enrichissent pas, car les entreprises forestières nécessitent peu de main-d’oeuvre. Les indigènes sont donc déplacés, marginalisés, forcés de quitter leur territoire pour se rendre en ville. Ils finissent par perdre leur rapport à la terre. 70 % des indigènes vivent dorénavant en zone urbaine »

Les protestations des Mapuches ont débuté à la fin des années 1990 lors de la construction par la multinationale espagnole Endesa du monumental barrage Ralco. Cet ouvrage a inondé plus de 3 500 hectares de territoire indigène et de forêts. Depuis, la population locale réclame le droit – reconnu par toutes les instances internationales – d’être consultée. Avant la construction de Ralco, la Conadi avait bien été contactée. Son directeur, qui s’était alors opposé au barrage, avait reçu une lettre de licenciement en guise de réponse.

Cette année encore, les populations indigènes n’ont pas été consultées. Un autre barrage ? Pas vraiment. Le parcours du futur rallye Dakar 2009 mord sur leur territoire. Le tout nouveau parti mapuche Wallmapuwen en réclame l’annulation. Mais les Mapuches chiliens ne sont pas les seuls à résister. En Patagonie argentine, les terres des indigènes sont concentrées entre les mains de quelques investisseurs étrangers, comme Luciano Benetton, qui y possède pas moins d’un million d’hectares (soit autant que la Martinique et la Corse réunies). Les Mapuches réclament à ce dernier – en vain depuis six ans – qu’il « rende » une frange de 560 hectares.

De petits pas législatifs

Au Chili, la mort de Matias Catrileo et la grève de la faim de Patricia Troncoso ont placé la problématique mapuche au coeur de l’agenda politique. Du lest a été lâché depuis ces deux événements. En janvier, Michelle Bachelet a nommé un commissaire présidentiel pour les Affaires indigènes. Et le 5 mars, après dix-huit ans de débats, le Sénat a ratifié la convention 169 de l’Organisation internationale du travail (OIT) sur les peuples indigènes. Ce texte garantit une certaine autonomie, le droit à la terre et l’obligation de consultation pour toute décision affectant leur territoire.

« Cultiver la terre, élever des poules »

Mais pour les Mapuches, la signature de la convention ne marque pas vraiment une victoire. Depuis sa rédaction en 1989, des textes beaucoup plus avancés en termes de droits ont été votés, notamment la Déclaration sur les droits des peuples indigènes adoptée en septembre 2007 par l’Assemblée générale de l’ONU, qui donne une véritable autonomie aux autochtones. « La convention de l’OIT ne représente donc aujourd’hui qu’un seuil minimum de droits », explique Gustavo Quilaqueo, président du parti Wallmapuwen. En outre, rien ne garantit qu’elle sera effectivement appliquée.

Face à la pression, la présidente Bachelet a annoncé le 1er avril le lancement d’un « Pacte social pour le multiculturalisme ». Le gouvernement a ainsi rappelé toutes les concessions faites aux Mapuches : achat de terres, bourses d’études pour les indigènes (un peu plus de 40 000 par an) et a annoncé la proposition de nouvelles lois aux législateurs. « Mais rien sur le droit à la libre détermination du peuple mapuche, et aucune volonté de parler de concepts comme la plurinationalité », critique Enrique Antileo, de l’organisation Meli Wixan Mapu, basée à Santiago, et dont le but est de défendre l’identité mapuche dans les espaces urbains.

L’autonomie relative obtenue par d’autres peuples indigènes à travers le monde, comme les Inuits du Canada, laisse penser que le combat des Mapuches n’est pas vain. Mais leur manque d’organisation et de conscience politique reste un frein. Jorge Huenchullan, lui, n’aspire qu’à une vie tranquille : « Cultiver ma terre, élever mes poules et mes cochons, que mes enfants grandissent sans la menace constante de la répression policière. » Lorsqu’il regarde son champ, il bombe le torse d’orgueil : « Je peux être fier de dire à mes enfants que cette terre, j’ai lutté pour la récupérer. » http://www.terra-economica.info

Le rallye doit traverser le déser d’Atacama, au nord du Chili

Situé à plus de 4000 m d’altitude, le désert Atacama est très vulnérable. Avec moins de 100 mm de pluie par an, c’est un désert hyper aride, où la croissance des plantes est extrêmement lente et où l’existence même de la vie est un défi permanent. Dans ce contexte, la subsistance des populations locales est rendue particulièrement difficile et faire courir une telle épreuve dans l’Atacama serait simplement inapproprié. Sans même parler des risques de destruction inéluctable de nombreux sites archéologiques, dont certains datent de 12 000 ans

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