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Le Dakar 2009 : Dénonciation par les populations et les universitaires argentins

samedi 17 janvier 2009, par CALPA

Pressions de l’organisation pour obtenir les autorisations de traverser les champs, non respect des zones riches en patrimoine archéologique et paléontologique

Un rally qui impose un regard colonial sur les territoires traversés. L’organisation a utilisé des méthodes douteuses pour tracer le parcours de la course.

Malgré l’apparent succès public du rally en Argentine, des voix se sont radicalement opposés à son déroulement en Argentine. Eléments repris dans les articles de Gustavo Veiga dans Pagina 12 et de Natalia Gelos dans Clarin :

Des organisations écologistes, des communautés arborigènes, des petits agriculteurs et des scientifiques se sont organisés pour dénoncer les atteintes à la nature et à leurs conditions de vie. De Cordoba à Rio Negro, de Mendoza à Chubut, leurs voix s’élèvent pour dénoncer les pressions sur ceux qui ont refusé l’accès à leurs terres, les phrases discriminatoires qu’aurait prononcé un maire contre les mapuches qui protestent, le rôle curieux joué par un italien en Patagonie qui prétendait appartenir à Greenpeace et qui essayait de convaincre les populations de laisser passer la course et ses concurrents sur leurs terres et dans les zones protégés où la faune et la flore sont mis en danger.

Cayo Valenzuela, membre du Conseil Indigène et habitant de Inginiero Jacobacci où les détracteurs du rally ont réussi à faire changer le parcours aux organisateurs. Il a déclaré à pagina 12 : « un italien, Tiziano Siviero, vice président de OTTA (organisation tout terrain argentin) a organisé une réunion avec nous pour nous faire signer une autorisation de passer sur notre territoire. Il est important d’aouter qu’il s’est présenté comme appartenant aussi à l’organisation Greenpeace. Il avait pris connaissance du refus de la population par un document publié par un groupe d’agriculteurs et il a cherché à nous rencontrer.

Personne n’a cédé au Rally, du moins à Rio Negro. Le parcours s’est limité aux routes provinciales et aux chemins de terre. Il n’a pas pu intégrer des tronçons à travers champ. Lino Pizzolon, un spécialiste de l’université Nationale de Patagonie en écosystème aquatique a dénoncé 6 mois de pression sur les propriétaires agricoles et les populations rurales pour qu’ils laissent ouvert les barrières de leurs champs. Certains se sont laissé convaincre, d’autres non. Les premiers le déplorent maintenant, mais il est trop tard. A Mendoza, Marcelo Giraud, de l’assemblée populaire pour l’eau, a déclaré que la secrétaire d’Etat au tourisme a menti ou était mal informée quand elle a dit il y a une quinzaine de jours que toutes les provinces avaient déjà donné leur accord sur les aspects environnementaux de l’organisation. Celle de la Province de Mendoza a été donnée la semaine dernière seulement et le document n’a pas encore été publié dans le journal officiel. Les témoignages de ce type sont nombreux dans toutes les provinces traversées par le Dakar.
Mais à Jacobacci, où les mapuches ont bloqué le projet du maire radical Carlos Torro et des organisateurs, Valenzuela a fait une dénonciation mettant en cause le Maire : « Il est furieux. Il a dit que nous allions le payer cher parce qu’une étape de la course va se terminer à Maquinchao et pas à jacobacci, comme il le voulait. Il a déclaré dans les médias locaux que des fantasmes noirs avaient gâché le rally. Nous voulons savoir ce qu’il a voulu dire avec cette formule. »
En Patagonie, les éleveurs de chèvres et de moutons ont subi des pressions pour autoriser le passage sur leurs terres. Dans la province de Rio Negro, le parcours a finalement emprunté des chemins que l’Etat ne remet jamais en état. Un autre membre du conseil indigène Hermenegildo Chacho Liempe considère que : « Pour le Dakar, c’est comme si nous n’existions pas. Quand ils sont venus, ils ont dit que c’était un désert, alors que cela ne l’a jamais été et ça ne l’est pas aujourd’hui. Ils ne peuvent pas venir sans respecter nos droits sur ces terres. Ni l’Etat, ni les entreprises ne peuvent exercer ces violences.

Argent frais.
Les provinces de Mendoza et de la Pampa ont versé un million de pesos (220.000 euros) à l’organisation du rally. Le gouverneur de Mendoza, Celso Alejandro Jaque a fait passer un décret
“Un versement de 1 million de pesos est effectué à l’organisation Dakar SA pour couvrir les frais engagés pour organiser la course “rally Dakar 2009” en janvier 2009 dans la province de Mendoza. Le nom du récipiendaire est le directeur de la course Etienne François Dominique Lavigne.
Dans l’édition du 6 janvier du journal La Pampa, le gouverneur Mario Jorge a justifié le versement du million de pesos pour que la course traverse sa province : « Tout ce qui est bon pour la population est bien alloué, et encore plus si c’est du sport. Mais, en plus, le passage des concurrents leur fait connaître la région et beaucoup sont des étrangers » Ces 2 millions de pesos sont peu en relation à ce que l’organisation du rally prévoit de verser aux associations écologistes, comme elle l’annonce sur son site officiel. « Pour manifester son engagement écologique, ASO a décidé de consacrer une partie des frais d’inscription des participants à la course à la « eco participation » ; 50 euros pour les motos et les quads, 100 euros pour les voitures et 150 euros pour les camions. Les sommes collectées seront versées à une ou plusieurs associations qui travaillent à la protection de l’environnement. Giraud, de l’assemblée populaire pour l’eau a précisé qu’à sa connaissance, aucune des organisations renommées de la province de Mendoza n’a reçu d’argent et qu’elles ne l’auraient pas accepté.

Le revers de la médaille
Il y a eu un propriétaire qui a voulu négocier de son coté le passage du rally sur leurs terres. Il a du penser qu’il pourrait gagner beaucoup d’argent avec le bivouac. Mais cela n’a pas marché, a ajouté Valenzuela de Jacobacci.

Une plainte de 55 pages
Trois membres d’organisations écologistes de Mendoza, Eduardo Sosa (Oikos, Red Ambiental), Marcelo Giraud et Luis Sanchez ‘Assemblée populaire pour l’eau) ont déposé une plainte auprès
Du tribunal de la province contre le Rally Dakar Argentine Chili 2009 le 29 décembre 2008. Ils développent un argumentaire sur le non respect de la procédure d’évaluation de l’impact sur l’environnement prévue par la loi.
Dans le texte très complet, ils citent les conclusions de l’Institut argentin de recherche Dans les zones désertiques (Iadiza). « Une activité impliquant environ 500 véhicules (entre camions, autos, motos, quads) sur des parcours sélectionnés à grande vitesse dans les espaces naturels de Mendoza est grave pour les conséquences environnementales.
La plainte porte aussi sur la dissimulation d’information sur le parcours. Elle mentionne aussi les espèces animales qui ont été menacées par le rally (flamands roses, guanacos- lamas, et divers types de reptiles), les invasions de terre dénoncées par les communautés huarpes et elle cite une phrase des organisateurs « les chemins sont mal préparés pour le passage des véhicules » Les mallines (lieux humides et bas où le bétail s’alimente) ne le supporteront pas non plus, des barrières ont été cassées il y a des mois pour tester le parcours dans la région de Anecon Chico, Rio Negro. « En Patagonie, où le principal et le plus grave problème environnemental est l’avance de la désertification, autoriser cette course est un projet machiavélique, s’est indigné le docteur Pizzolon d’Esquel où les habitants sont déjà sensibilisés aux problèmes environnementaux avec la mine d’or à ciel ouvert.

L’association professionnelle des archéologues argentins (AAPRA) a aussi fait une déclaration dénonçant les risques pour le patrimoine archéologique dans les zones traversées par la course et ils ont clairement pris position contre l’organisation du rally. « Tous les sites n’ont pas été répertoriés et les concurrents peuvent détruire des vestiges importants en traversant des zones prétendument désertiques. Beaucoup de sites comme Somuncura dans la province de Rio Negro et Fiambala (Catamarca), recèlent des vestiges de peuples nomades. L’AAPRA n’a jamais eu accès au tracé final pour des questions de confidentialité. L’Argentine compte également des sites très riches en fossiles. Le patrimoine paléontologique peut être menacé par la course.

Un chercheur de l’université de Comahue a résumé les critiques en déclarant que le rally « une pratique qui légitime la colonisation. Il s’approprie des territoires en les désignant comme on l’a fait à l’époque coloniale avec racisme et en stigmatisant des bouc-émissaires. Il porte un regard « cafishio » sur les territoires traversés et désigner la Patagonie comme un désert n’a jamais été neutre et ça ne l’est pas aujourd’hui tout en utilisant commercialement ses valeurs symboliques.

voir NPA Paris 18