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NON A L’IMPUNITE D’HIER ET D’AUJOURD4HUI

jeudi 25 mars 2010, par CALPA

Le 24 Mars 2010 a été l’occasion d’une énorme mobilisation de plusieurs dizaines de milliers d’argentins qui exigent que leur pays n’enterre pas la mémoire des disparus de la dictature. La Nacion a rendu compte de la multiplicité des mémoires et des luttes Voir La Nacion .

Les alliances politiques, les convergences qui sont porteuses de vrais transformations sociales et révolutionnaires sont le résultat de longs combats alors que les idolâtres du consensus se contentent des offres manipulatrices des pouvoirs en place.
Adolfo Perez Esquivel, le prix Nobel de la Paix et militant pour les droits de l’homme a déclaré que les Kirchner n’étaient pas les seuls propriétaires des droits de l’homme en Argentine.

Le gouvernement avait organisé avec l’appui d’une des Associations des Mères de la Place de Mai un festival sur la Place de Mai, l’espace qui accueille chaque année la manifestation des 300 organisations de Encuentro Memoria Verdad y Justicia (Voir le site). Le festival était prévu à 17 heures, exactement à l’heure ou la manifestation devait déboucher sur la Place de Mai pour confisquer ce lieu de lutte et de mémoire au profit du gouvernement.

L’opération politique n’a pas atteint son objectif d’exclusion des mouvements sociaux, la foule, la multitude du cortège de Encuentro Memoria Verdad y Justicia s’est frayée une voie d’accès à la place et a ouvert un espace de parole pour clamer son manifeste. Un texte précis et argumenté recense les exigences des 300 organisations qui ont réussi à adopter cette position commune. Ils ont affirmé que le jugement des 64 génocidaires de la dictature est le produit d’une lutte du peuple pendant 30 ans contre l’impunité. Ils ont dénoncé que 10 % des génocidaires ont été acquitté, que 39 d’entre eux ont échappé à la justice en « disparaissant dans la nature », que des prisons de luxe ont été aménagées pour ces tortionnaires et que certains ont été remis en liberté ou sont seulement en résidence surveillée à leur domicile privé. L’ouverture des archives de la répression n’est pas suffisante puisque 5500 agents de la dictature ont été « découverts » en activité et qu’ils continuent à infiltrer les mouvements populaires pour organiser leur répression. Ils ont dénoncé la politique de la « gâchette facile » qui provoque les assassinats de militants, la criminalisation des luttes avec les 4000 militants impliqués dans des actions judicaires.

Ils ont rappelé que Julio Lopez incarne dans sa chair l’impunité d’hier et d’aujourd’hui. Il a été enlevé et a disparu depuis trois ans et demi alors qu’il était appelé à témoigné dans le procès d’un génocidaire. Le gouvernement n’a jamais diligenté d’enquêtes susceptibles d’identifier les responsables de cette disparition.
Ils ont exigé le non payement de la dette externe illégitime et fabriquée depuis l’époque de la dictature contre le peuple. Ils ont aussi exigé du travail pour les chômeurs sans clientélisme, des augmentations de salaires, l’arrêt du saccage des ressources naturelles et des budgets pour le logement, la santé et l’éducation.

A Neuquen, en Patagonie où les mouvements sociaux sont très actifs autour des compagnies pétrolières, de Zanon, l’entreprise sans patron et de la lutte du peuple Mapuche, le rassemblement a été sévèrement réprimé. A Neuquen, il n’y avait pas d’événement officialiste soutenu par le gouvernement. La manifestation a réuni plus de 12000 personnes derrière l’appel des Mères de la Place de Mai de Neuqen et Alto Valle de H.I.J.O.S de Corriente de Militantes por los Derechos Humanos, Zainuco y CeProDH, soutenu par de nombreux partis, syndicats et organisations piqueteras. Le cortège a été encerclé par les forces de police qui ont commencé à tirer des gaz lacrymogènes. Sur la place San Martin, la répression s’est accentuée et la police a essayé d’empecher les prises de parole. Les Mères de la Place de Mai ont crié « Ils ne nous font pas peur, les rues sont à nous » et elles ont demandé à la foule de rester sur place. Un cordon de sécurité s’est mis en place pour permettre la prise de parole. A la fin du rassemblement, une véritable chasse aux militants a été lancée par des agents en civils dans des voitures sans plaque d’immatriculation. 6 mineurs et 20 adultes sont détenus au commissariat qui est entouré par un cordon de sécurité qui empêche les organisations de s’informer sur le sort de leurs camarades.

A Paris, comme chaque année, un rassemblement a été organisé devant l’Ambassade Argentine par la coordination de soutien à la lutte du peuple argentin soutenu par le Nouveau Parti Anticapitaliste, Lutte Ouvrière et le Groupe socialiste Internationaliste et des associations latino américaines en appui à Encuentro Memoria Verdad y Justicia. Au même moment, à côté du pont Mirabeau, dans le jardin des Mères et Grands Mères de la Place de Mai, inauguré il y a deux ans par Christina Kirchner, se tenait un autre rassemblement soutenu par l’Ambassade argentine, la Mairie de Paris et le Maire UMP Philippe Goujon.
La droite française n’a jamais reconnu l’aide du gouvernement giscardien à la dictature argentine de 1976. Les tortionnaires ont été formés par des conseillers militaires français, les ventes d’armes ont continué, les dirigeants des entreprises françaises installées en Argentine ont dénoncé des syndicalistes qui ont disparu. Le centre clandestin de Paris était couvert par les services français et le tortionnaire Astiz pouvait tranquillement infiltrer les organisations de solidarité françaises.

La lutte pour la Justice, la Mémoire et la Vérité ne peut pas se mener dans la confusion mémorielle.