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Adieu à un militant et à un ami, membre de CALPA depuis sa création en 2001

mardi 16 janvier 2018, par CALPA

Repris et traduit de Izquierda diario de Facundo Aguirre

Quand j’ai appris par un camarade que Luciano Di Pietro avait eu une crise cardiaque et qu’il était mort en Equateur, je suis resté pétrifié. J’ai été lent à réagir. Je l’avais vu la veille de Noël, nous avions échangé sur tous nos sujets habituels, comme nous l’avons fait chaque fois que nous nous sommes rencontrés lors de ses passages en Argentine.

Ce jour là, je l’ai salué avec une petite chanson que nous avions composé dans notre jeunesse et que nous avions l’habitude de lui chanter dans le parti au début des années 90 « Lu, Lu, Lu, délégué Moscou » entre Corrientes et Callao à Buenos Aires. Il avait l’air radieux et heureux. Cela faisait quelques années qu’il n’était pas venu en Argentine et il était venu pour quelques jours de congé dans son Buenos Aires bien-aimé.

Il m’a dit qu’il était content de son travail à l’Université de Cuenca en Equateur, qu’il donnait des cours de marxisme à quelques camarades argentins, vivant sur place et collaborant avec Izquierda diario. Luciano suivait de près la vie politique équatorienne et racontait avec humour le conflit entre Rafael Correa et Lenin Moreno, qu’il appelait Kautsky Moreno. En même temps, il critiquait la gauche maoïste équatorienne, qu’il considèrait comme barbare et même réactionnaire à certains égards. Lu, dont le grand-père avait fait partie de la direction du Parti communiste argentin où mon ami a fait ses premiers pas de militant était un anti-stalinien où qu’il soit.

Pour lui, il n’y avait qu’une classe ouvrière, il croyait à l’internationalisme prolétarien et il s’est attelé à la tâche pionnière de créer les fondements du FT en Europe en 2000, une tâche à laquelle il s’est consacré avec passion, et dans les contradictions d’un militant de base ne fuyant pas la confrontation, dans des moments difficiles pour la diffusion du marxisme révolutionnaire.

Je ne me rappelle pas l’année, mais lorsque le FT a consolidé un premier groupe à Paris et au milieu de discussions sur l’Unité Européenne émergente, Luciano a rompu avec le parti à cause de différends dans la caractérisation et de la politique, sans que cela signifiât abandonner le trotskisme qui était l’idéologie et la cause qui embrassaient la plus grande partie de sa vie consciente.

Le fait qu’il fût un peu entêté et prompt à laisser éclater sa colère rendait difficile la synthèse et la coexistence entre les différentes tendances au sein d’une organisation naissante comme celle des camarades français. Après sa rupture avec FT, il a milité au NPA mais avant d’aller travailler en Equateur, il avait aussi quitté la tendance Anticapitalisme et Révolution à cause de ses critiques sur l’orientation du NPA.

Lors de notre dernière rencontre, Lu m’a dit que le 18 décembre il avait participé à la manifestation du parti devant le Congrès, et qu’il avait été impressionné par la combativité et l’organisation du PTS, qu’il a revendiqué. Il m’a aussi fait remarquer avec lucidité qu’il croyait que l’Argentine était le seul pays du monde où il y avait une large avant-garde des travailleurs et de la jeunesse endurcie par une gauche assumant la lutte de classes et un front politique comme le FIT qui allait à l’encontre de toutes les expériences réformistes de la gauche européenne. Il était enthousiasmé par la lutte politique et de classe en Argentine.

Luciano était aussi un homme de théâtre et de littérature. A la Sorbonne, il avait présenté son travail sur le théâtre argentin post dictature présentant la thèse selon laquelle la défaite de la classe ouvrière dans les années 70 et la défaite des forces armées dans la guerre des Malouines, avaient effacé de l’imaginaire culturelle les deux grandes forces qui se sont affrontées tout au long du XXe siècle, faisant du théâtre post-dictature un espace de grande liberté créatrice mais qui avait laissé de côté le conflit central de la société argentine.

Il a été également l’auteur d’un roman plein d’humour acide appelé Los dias antériores sur des militants altermondialistes. Il y célébrait le soulèvement des travailleurs immigrés dans une France gagnée par le racisme.

J’ai rencontré Lu quand j’avais vingt ans et depuis lors il était un de mes plus proches amis, compagnon de routes et d’aventures qui ont fait de notre jeunesse un champ d’expérimentation et de plaisir des sens. Il était impossible de s’ennuyer avec lui.

Je n’oublierai jamais quand, dans le feu de l’action, il avait invité le peintre légendaire Ricardo Carpani à se battre à coups de poing lors d’une de ses conférences. Savoir que tu ne seras plus là pour moi et pour ceux qui t’ont connu, rend le monde plus triste et nous oblige à reprendre en mains tes drapeaux pour une vie libre, un art insoumis et une révolution socialiste.

Un énorme abrazo à Florencia, à sa soeur et à tous ceux avec qui ont partagé une partie de leurs vies avec ce mec inoubliable.

Cuando me enteré por boca de un camarada que Luciano Di Pietro había sufrido un infarto y muerto en Ecuador quedé petrificado. Tardé en reaccionar. Lo había visto en las vísperas de Navidad, donde nos pusimos al día de todas nuestras cosas, como hacíamos cada vez que nos encontrábamos en sus regresos a la Argentina.

Esa tarde lo saludé con un cantito que le habíamos hecho en nuestra juventud y que le solían cantar los secundarios del partido en los primeros noventa "Lu, Lu, Lu delegado de Moscú", en medio de La Ópera en Corrientes y Callao. Se lo veía radiante y feliz. Hacía unos años que no venía a la Argentina y se había tomado unos días de vacaciones en su entrañable Buenos Aires.

Me había contado que estaba contento con su trabajo en la Universidad de la ciudad de Cuenca, que se reunía y les daba cursillos de marxismo a unos compañeros argentinos que vivían en la ciudad y colaboraban con La Izquierda Diario. Luciano, se había empapado de la vida política ecuatoriana y relataba con humor el conflicto entre Rafael Correa y Lenin Moreno, a quien llamaba el Kautsky Moreno. A la par, denostaba a la izquierda maoísta de aquel país a la que consideraba barbara y hasta reaccionaria en algunos aspectos. Lu, cuyo abuelo había sido parte del aparato del PC, partido en el que mi amigo dio sus primeros pasos en la militancia, era un antiestalinista donde estuviera.

Para él la clase obrera era una sola, creía en el internacionalismo proletario y en su momento tomó la tarea pionera de construir la FT en Europa allá por el 2000, tarea a la que dedicó toda su pasión, con las contradicciones de una militancia desde el llano y un estilo confrontativo, en momentos difíciles para la difusión del marxismo revolucionario.

No recuerdo bien el año pero cuando la FT consolidó un grupo inicial en París y en medio de las discusiones sobre la naciente Unidad Europea, Luciano rompió con el partido por diferencias en la caracterización y la política, sin que ello significara que abandonara el trotskismo que fue el ideario y la causa que abrazó la mayor parte de su vida consciente.

El hecho de que era un poco cabezadura y de enojos fuertes hizo difícil llegar a una síntesis o convivir con las diferencias en el seno de una organización incipiente como era entonces la de los camaradas franceses. Luego de aquella ruptura milito en el NPA y antes de irse a trabajar a Ecuador había sido separado de las filas de Anticapitalismo y Revolución por sus críticas a la orientación dentro del NPA.

En nuestro último encuentro, Lu me contó que el 18 de diciembre había estado en las columnas del partido en el Congreso, que le había impactado fuertemente la combatividad y organización del PTS, a la que reivindicaba. También me señaló lucidamente que él opinaba que Argentina era el único país en el mundo donde existía una extendida vanguardia obrera y juvenil fogueada por la izquierda clasista y un frente político como el FIT que iba a contrapelo de todas las experiencias reformistas de la izquierda europea. Estaba entusiasmado con la lucha política y de clases en Argentina.

Luciano era un hombre del teatro y la literatura. En la Sorbonne había presentado su trabajo sobre el teatro argentino pos dictadura bajo la tesis de que la derrota de la clase obrera en los ’70 y la derrota de las FFAA en Malvinas, habían borrado del imaginario cultural a las dos grandes fuerzas que se enfrentaron a lo largo del siglo XX, haciendo del teatro pos dictadura un campo donde se había ganado en libertad creativa pero desterrado el conflicto central de la sociedad argentina.

Fue el autor también de una novelita cargada de humor ácido llamada Los días anteriores, donde delirantemente tomaba la historia de militantes altermundistas para celebrar la insurrección de los obreros inmigrantes en una Francia ganada por el racismo.

A Lu lo conocí a mis veinte años y desde entonces fue uno de mis amigos entrañables, compañero de ruta y aventuras que hicieron de nuestra juventud un campo de experimentación y goce de los sentidos. Era imposible aburrirse junto a él.

Nunca olvidaré cuando en medio del fragor de una discusión, invitó al legendario Ricardo Carpani a agarrarse a trompadas durante una conferencia del artista. Saber que ya no vas a estar hace, para mí y los que te conocimos, al mundo más triste y nos obliga a tomar en nuestras manos tus banderas de una vida libre, un arte sin ataduras y una revolución socialista.

Un enorme abrazo a Florencia, a su hermana y a todos aquellos con los que compartimos parte de nuestra vida junto a un tipo inolvidable.

Facundo Aguirre