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Violente répression contre des manifestants de la faim à Salta

jeudi 20 juin 2002

saltarepreLe 20 juin, à Salta, la police locale a réprimé violemment une manifestation pacifique de citoyens qui réclamaient au gouverneur Juan Romero, une aide alimentaire pour pallier à la grave situation sociale que vit une partie importante de la population de cette province située au nord du pays.

La manifestation, convoquée par la coordination regroupant des associations professionnelles, syndicales, des partis politiques, des associations de quartiers a démarré à 11 heures.
300 manifestants ont défilé dans les rues du centre ville avec des pancartes et des bombos. A la fin, il y eu des discours et l’hymne national a été chanté. Derrière la manifestation, un groupe de citoyens – approximativement une centaine – s’est installé devant le batiment historique de la Préfecture (le Cabildo), sur la Place du 9 juillet, ils ont déployé un drapeau argentin et ils ont organisé une distribution de soupe populaire aux manifestants, dont beaucoup d’enfants et de femmes qui étaient venus des quartiers populaires des environs.Vers 13 heures 40, les forces spéciales de police de la Province sont intervenues avec des matraques contre les manifestants et ils ont arrêté 36 personnes. L’action policière fut particulièrement violente avec coups, matraquages au sol et bousculades. Les policiers ont tiré des balles en caoutchouc.
Ils ont enfoncé la tête d’un gamin dans une gamelle pleine d’eau. Les détenus ont été matraqués pendant leur transfert à la prison. L’intervention du président du Collège des avocats, Daniel Tort, dans l’après midi a permis la libération des détenus. Comme conséquence des violences policières, six personnes ont été blessée, un homme a du être hospitalisé et une femme enceinte de trois mois risque de perdre son enfant.
Dans une autre répression de manifestation, une femme enceinte de 4 mois a perdu son enfant.
Il faut ajouter que des organisations de droits de l’homme ont plusieurs fois dénoncé que derrière ces violences contre les manifestants, se trouve le « sinistre » Sergio Nazario, alias commandant Estevez, qui a été responsable des tortures dans le camp de concentration d’Olimpo, pendant la dernière dictature militaire.
Ce tortionnaire a été nommé par Romero, responsable de la Sécurité de la Province, mais après son identification dans un article du journal La Nacion, il a été démis de ses fonctions. Mais il continue à diriger la police, en tant que conseiller du gouverneur.
Il y a deux semaines, le gouverneur de Salta, Romero, a réclamé avec des cris dans une réunion de gouverneurs dans la Pampa (quand Duhalde a fait pression sur tous les gouverneurs pour obtenir leur appui sur la réduction des budgets demandée par le FMI et sur l’abrogation de la loi de subversion économique), des mesures de répression (mano dura) au Ministre de l’Intérieur, Jose Luis Alvarez : « Il faut réprimer, il faut en finir avec les piqueteros », selon les informations de la presse nationale présente à la réunion de la Pampa.
Malgré cela, en ce moment, deux piquets sont maintenus dans le nord de la Province, un à Tartagal et l’autre à Mosconi et un troisième est annoncé pour le 21 juin à Guemes. Les violentes répressions contre les « piqueteros » du nord de la Province ont déjà provoqué la mort de 5 personnes et des dizaines de blessés. Pour une province « riche », Salta détient des indices de pauvreté alarmants : l’image d’une enfant arrivée de l’extrême nord de la Province à l’hôpital avec des signes avancés de dénutrition, la semaine dernière a consterné des millions d’argentins. Pendant ce temps, les dénonciations de corruption par la presse indépendante – harcelée par le gouvernement provincial – ont été étouffées par la justice. Les dénonciations concernaient des enrichissements personnels de fonctionnaires et des détournements de fonds du pouvoir, alors que la situation sociale se dégradait de jour en jour.
Le 21 juin, le Président Eduardo Duhalde vient à Salta pour se réunir avec le gouverneur Romero.

Photo : Marcos Diaz Muñoz