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Droits de l’homme : Santa Cruz, 25 ans après

mercredi 27 novembre 2002

« Tu dois partir, gustavo ? Reste encore un peu. Tu vas voir, la messe va un peu alléger le poids de la croix que tu portes ».

N’importe qui pourrait reconnaître ces paroles prononcées par la religieuse française, Alice Domon, qui tentait de calmer la peine du jeune Gustavo Nino, peu avant le début de la messe de première communion, dans l’église Santa Cruz.

Ce qu’elle, ni personne ne pouvait deviner ce jour-là, c’était que ce jeune homme était ni plus ni moins « l’ange de la mort », qui avait infitré le groupe de ces femmes qui commençaient tout juste à lutter pour récupérer leurs enfants disparus.
Gustavo Nino, Alberto Escudero, agrégé diplomatique à l’ambassade argentine en France, et Alfredo Astiz était une seule et même personne.

Il était en réalité capitaine de frégate de l’Armée argentine. Accomplissant une mission d’intelligence et d’extermination pour le compte de la Marine, il avait infiltré les Mères de la Place de Mai, dès leur création, en se faisant passer pour le frère d’un disparu.

Le jeune miliatire avait facilement trompé ces « premières Mères », peu expérimentées, et avait communiqué le nom des réferents du groupe à l’armée.
Le jour programmé pour l’opération d’enlèvement, il devait donner leur signalement aux agents cachés dans l’église.

Une fois sa tache terminée, il s’est retiré de la réunion peu avant sa fin. Quand les autres participants ont décidé de partir, plusieurs personnes ont été violemment abordées, poussées dans des voitures et emmenées vers une destination inconnue.
Plus tard, on a su que ces personnes - deux Mères de la Place de mai, deux parents de disparus et la religieuse Alice Domon – avaient été amenés à l’Ecole de Mécanique de l’Armée.

Deux jours plus tard, le même commando a sequestré la première présidente des Mères de la Place de Mai, Azucena Villaflor de Vicenti, ainsi qu’une autre religieuse française, Léonie Duquet et trois hommes appartenant à l’association.
Tous furent sauvagement séquestrés, torturés et assassinés avant d’être jetés dans les eaux du Rio de la Plata.

Avec le temps, les disparitions d’Azucena, d’Alice et de Léonie sont devenues emblématiques des méthodes répressives de la dictature militaire.
Astiz a été condamné par contumace par la France, au début des années 1990, mais il jouit toujours de sa liberté grâce aux lois d’amnistie (Point Final, Obéissance dûe et grâces présidentielles, respectivement votées pour les premières sous le gouvernement radical d’Alfonsin et décrétés pour les secondes par Menem en 1990).

Cet anniversaire a un sens très fort aujourd’hui tant les derniers événements marquent peu à peu un renforcement de l’appareil répressif, jamais vraiment démantelé depuis la dictature.

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